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Une étude révèle qu’à travers le monde près de 800 personnes sont mortes à cause des fake news sur le coronavirus, car elles auraient utilisé des traitements bidon diffusés sur Internet.

Certaines d’entre elles ont ainsi cru se protéger du terrible virus en avalant du détergent et en seraient mortes. On ne sait s’il faut en rire ou en pleurer.

La foi déplace des montagnes, mais parfois seulement des corbillards. La Sainte Vierge elle-même peine à déplacer ses fidèles vers Lourdes, où les magasins de souvenirs traversent une crise biblique par manque de clients.

Dans un registre pas si éloigné, une naturopathe américaine repentie, une certaine Britt Marie Hermes, après un moment d’illumination, dénonce désormais son ancienne discipline comme une vulgaire pompe à fric qui ne soignerait que les comptes en banque de ceux qui l’exercent.

Guérir les malades en empilant des petits cailloux sur leur ventre, en les aspergeant d’eau miraculeuse de Lourdes ou en leur faisant avaler du détergent pour les purifier démontre scientifiquement que les médecines alternatives sont des chapelles où les croyants sont encore nombreux.

Même des praticiens de la science officielle ne sont pas à l’abri d’une bouffée délirante. Une médecin généraliste alsacienne est actuellement poursuivie par l’ordre des médecins pour charlatanisme, car elle signait des dispenses de port du masque, contraires à sa déontologie. Interrogée au journal de 20 heures de TF1, elle déclare : «Je ne crois pas tout ce qu’on me dit. J’écoute sans croire ce que l’on me dit.» La journaliste lui rétorque qu’il y a quand même eu des milliers de morts. Elle ne se démonte pas et en rajoute une couche : «Ah! Mais ce qu’on nous montre, est-ce vrai? Est-ce vrai, tout ce qu’on nous montre? OK?»

Lors d’un reportage en Allemagne, un ancien citoyen de l’Est nous décrivait comment la RDA apprenait à lire entre les lignes de la presse de l’Ouest. Toujours convaincu de la valeur de cet enseignement datant de la guerre froide, ce brave homme nous expliquait que les phrases des articles des journaux de l’Ouest dissimulaient un sens caché. Le lecteur devait interpréter l’absence de certaines informations, et puisqu’elles étaient occultées, c’était la preuve qu’elles étaient bien réelles. Au début du mois, une manifestation organisée à Berlin contre le port du masque a rassemblé près de 20000 personnes. Visiblement, la propagande de l’ancienne Allemagne de l’Est appelant à se méfier des grands médias n’a pas totalement disparu de tous les esprits.

Lors d’un autre reportage, cette fois en Hongrie, une journa­liste nous racontait qu’à L’époque soviétique, pour échapper à la répression dans une société surveillée par mille oreilles, on appre­nait à décrypter les silences de son interlocuteur, sans dévoiler ses opinions à voix haute. Il suffisait d’esquisser un «vous voyez ce que je veux dire» pour être compris, sans qu’il soit nécessaire de dire les choses clairement. Ce procédé était idéal pour nourrir tous les fantasmes et donnait aux rumeurs la force d’une vérité vérifiée. Un «on se comprend, je ne vous en dis pas plus» per­mettait de se fabriquer des certitudes sans avoir à les démontrer. L’antisémitisme y prospérait donc, car on pouvait accuser les Juifs de tous les maux sans même prononcer leur nom, mais seulement au moyen de quelques silences bien placés dans la conversation : «vous voyez de qui je veux parler, suivez mon regard…» valait toutes les lettres de dénonciation.

La médecin d’Alsace opposée au port du masque semble sortir tout droit d’Allemagne de l’Est, et répond aux questions de la journaliste par des phrases sibyllines, aux accents légère­ment paranoïaques. Son discours apparemment lucide flatte les esprits suspicieux, toujours convaincus de voir des choses que les autres ne voient pas et de lire entre les lignes des messages cachés. Le monde dans lequel vivent les anti-masques est terri­fiant et totalitaire, car plus rien n’a de valeur puisque tout est sans arrêt remis en cause à travers des questions dont les réponses ne les intéressent en réalité pas du tout. Pour eux, la question est plus importante que la réponse. Voire plus excitante. Comme au Moyen Âge, où la « question » n’était rien d’autre qu’une séance de torture destinée à vous faire avouer la vérité que vous étiez supposés cacher.

D’ailleurs, cet édito ne dit pas tout. Relisez-le entre les lignes et faites la liste de tout ce dont je n’ai pas parlé. Telle la Sainte Vierge devant Bernadette Soubirous, la vérité apparaîtra alors sous vos yeux. Vous voyez ce que je veux dire. Je préfère ne pas vous en dire plus. Vous m’avez compris…


Riss – Charlie hebdo. 19/08/2020

La bêtise humaine n’a pas de limite. MC