Étiquettes

Aurore, celle qui espère remplacer Gilles Legendre à la tête du mouvement LR–EM dans quelque temps… Mais qui est-elle ?

Dessin de Kiro – Le Canard enchainé – 12/08/2020

Ah oui, Aurore …

Embarras de l’interlocuteur, par où commencer ?« Je n’ai jamais travaillé avec elle et je m’en réjouis, car c’est la plus insupportable de cette Assemblée. »

C’est un vieux de la vieille qui parle, un député survivant du vieux monde, un accommodant, pas sectaire pour deux sous.

Au Sénat, Aurore Bergé n’a guère plus de copains. « Le problème de cette dame, c’est d’affirmer sa présence et montrer qu’elle existe. Lors du pot organisé par Roselyne Bachelot en juillet au ministère de la Culture avec les parlementaires de la majorité qui suivent les dossiers culturels, elle se plaçait toujours près de la ministre. J’ai dit une phrase, elle m’a coupé la parole, a corrigé mon propos, je n’avais jamais vu ça. »

Je tweete donc je suis

Aurore Bergé, députée LR-EM des Yvelines, membre de la commission des Affaires culturelles, a-t-elle la moindre chance de succéder, le mois prochain, à Gilles Le Gendre à la tête du groupe parlementaire ?

« Richard Ferrand a très bien manœuvré pour dégager la route à Castaner : en obligeant les présidents de commission parlementaire à démissionner de leur présidence avant de se porter candidats, il a découragé les meilleurs, comme Roland Lescure, à la tête de la commission Économie. Bergé est parfaite pour faire de la figuration, on s’est bien gardé de l’en dissuader », s’amuse un député MoDem.

Elle n’a été ni ministre ni secrétaire d’État, elle en était sûre, pourtant, avait commencé à recruter une équipe. Ne la voit-on pas sur tous les écrans ?

L’échec l’a sonnée une bonne semaine, mais la voilà remontée sur son cheval. Et un tweet de soutien au Président, qu’elle agace, et un autre à Bachelot, dont elle fut la collaboratrice au Parlement européen.

Elle tweete comme elle respire, elle en avait déjà envoyé plus de 55.000 il y a deux ans.

Bergé, c’est la politique à l’estomac.

Si jeune (elle a 33 ans) et depuis presque vingt ans dans le circuit : militante à 16 ans, responsable des Jeunes UMP des Yvelines, chargée de mission au cabinet de Xavier Bertrand, conseillère communication de Philippe Juvin à La Garenne-Colombes, puis un petit parcours dans la com’ en tant que directrice de projet ou de clientèle.

Cours, Aurore, cours !

Elle soutient Sarko, Juppé, Fillon ….

Devenue députée macronienne en 2017, elle fait preuve d’une énergie décuplée. Lorsqu’elle remet son rapport sur la culture à Edouard Philippe, elle tient à faire savoir qu’elle a au­ditionné « des centaines d’acteurs culturels », et elle a formulé 60 propositions.

Personne n’a osé lui dire qu’une dizaine, bien pensées, pouvaient se révéler plus utiles.

Sa vie frénétique — déplacements incessants, prises de parole en tout genre, interventions radio et télé — lui permet de montrer qu’elle est au service du macronisme.

Elle soutint avec ferveur la candidature de Benjamin Griveaux à Paris, assurant à qui voulait l’entendre : « C’est le meilleur qu’on puisse avoir. » Jean-Michel Blanquer ?« Essentiel. »

Les travaux de la commission d’enquête sénatoriale, au moment de l’affaire Benalla ?« Un dangereux précédent. »

Avec Franck Riester, dont elle guigna longtemps le poste, elle n’a pas pris de gants. « Elle avait senti très vite que c’était le maillon faible, et elle était tellement agressive avec lui, surtout quand il n’était pas là, qu’on en était un peu gênés », se souvient un député LR.

La com’ , elle aime

Fut-elle vraiment la petite Aurore qu’elle se plaît trop souvent à décrire, croyant malin de détailler pour la presse l’enfance d’une cheffe ? Toujours est-il qu’elle voulait être, très jeune, « présidente de l’ONU» et savait vouloir intégrer Sciences-Po « dès la sixième ». Dire qu’il y en a qui sont bouffés par l’angoisse et se cherchent jusqu’à 30 ans, bande de nains, va.

Elle se présente aux élections des délégués de classe et comprend plus vite que les autres la démagogie inhérente à cette démarche : « Je me suis rendu compte que je perdais parce que je présentais un programme sérieux. » Son père, voix française de Stallone, qui connut le chômage, n’a jamais touché ses allocations.

Elle en est fière : « Il a assumé son risque. » En dépit de ses nombreux ennemis, Aurore Bergé est insubmersible, parce que tout-terrain. C’est la reine de la phrase robinet d’eau tiède, comme « je suis pour une droite réformatrice dans le dialogue, avec une digue républicaine ». Ben, ça, c’est rudement bien.

Elle est aussi fortiche en novlangue de la com’ habillée techno. Elle dit : « Cela doit nous interpeller », propose d’établir « une cartographie de tous les projets culturels qui permettent de faire société », aime l’expression « dans la diversité des territoires ».

Elle pense des bi­bliothèques qu’elles sont le « tiers-lieu par excellence » (sic), plaide pour la création d’« un référent EAC (éducation artistique et culturelle) » dans chaque établissement scolaire. Elle ne déteste pas non plus dire « en capacité ».

Mais, qu’Aurore Bergé se mette « en mode pause », il n’y faut pas compter.


Anne-Sophie Mercier : le Canard enchaîné. 12/08/2020