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L’économie, qu’est-ce que c’est chiant.

Les chiffres tombent comme à Gravelotte depuis une semaine, et ce sont toujours les mêmes. Le PIB de la France, de l’Italie, de l’Allemagne chute de 13,8 %, 12,4% et 10,1%. Le visage des économistes, plus gris que jamais, témoigne de la gravité de la situation.

Pourtant, on devrait se foutre de ces chiffres et de ces statistiques abstraits, mais il paraît qu’ils témoignent d’une réalité qui va arriver comme la vague d’un tsunami : le chômage.

On prédit 7 millions de chômeurs en France, peut-être même 10 ou 15. En Israël, le taux de chômage est de 25%, les États-Unis voient leur PIB s’effondrer de 33%.

L’État français intervient en espérant que des jours meilleurs permettront de rembourser la dette colossale qu’il est en train de contracter et l’Europe accorde des prêts et des subventions par milliards comme des rustines sur La coque trouée d’un bateau qui prend l’eau.

L’économie, c’est l’enfer. C’était déjà chiant, mais là, c’est devenu l’enfer.

Les gens veulent manger, se loger, acheter deux ou trois conneries pour se distraire, et c’est déjà trop. Le minimum pour rester propre et digne va devenir de plus en plus dur pour des millions de personnes sur terre. On assiste à une paupérisation totale de l’intégralité des populations sur terre.

Le fric, L’infernal fric, occupe intégralement nos esprits, et si on devait mettre bout à bout toutes les minutes que notre cerveau lui a consacrées durant notre existence, on s’apercevrait que 90 % des pensées de notre petite vie lui étaient dévolues.

Impôts, taxes d’habitation, contraventions, cotisations, factures, remboursements, retraits de liquide, salaires, charges, loyers, traites, prêts immobiliers, Livret A, compte épargne logement, tickets de caisse, soldes, bons d’achat. La Liste est sans fin, et même si, la plupart du temps, il s’agit de petites sommes, on est contraints de s’en préoccuper.

L’argent pollue notre vie comme les milliards de morceaux de plastique qui flottent dans l’océan. On aimerait avoir la tête nettoyée de cette saleté d’argent, mais rien n’y fait, à chaque marée reviennent les factures, les bons d’achat et les soldes. Les heures consumées par l’argent sont autant de temps perdu à ne pas penser à autre chose. À réfléchir, à dessiner, à peindre, à écrire, à baiser, à rigoler.

L’argent rend triste d’abord, puis con, et enfin méchant.

Sur le site d’Arte, un documentaire en quatre parties raconte l’histoire d’Amsterdam, Londres et New York. On découvre que le formidable développement de ces villes a été motivé d’abord et avant tout par Le business. C’est l’obsession de gagner de l’argent qui pousse des marchands d’Amsterdam à inventer la première société par actions de l’Histoire. Quant à Londres, elle n’a jamais eu de plan d’urbanisation organisé par les pouvoirs publics, car c’est te milieu des affaires qui n’a cessé, et continue aujourd’hui, de raser les quartiers, au gré des exigences de la City et de ses tradeurs. New York à peine créé, Les terrains de Manhattan se vendaient et s’achetaient dans le seul but de spéculer sur l’immobilier.

On n’est pas sûr d’envier le destin de ces grandes cités qui sont devenues ce qu’elles sont aujourd’hui. Des machines à faire du fric, où rien d’autre ne compte.

Le temps de créer et de réfléchir ne semble pas exister. On se demande comment des sociétés aussi obsédées par l’argent ont pu engendrer des génies universels comme Shakespeare, Newton, Spinoza ou Herman Melville. Des îlots d’humanité dans un océan de vulgarité spéculative.

Pendant que Cervantès écrivait l’histoire d’un type qui se rêvait chevalier du temps jadis, l’Empire espagnol amorçait son inexorable déclin. Les plus grands chefs-d’œuvre n’ont jamais pesé bien lourd dans le calcul du PIB. Ils ne seront jamais cotés en Bourse parce qu’ils ne valent rien. Eux seuls donc survivront.


Riss – Édito de Charlie Hebdo du 05/08/2020