Étiquettes

Les îles Éparses, un archipel de discordes sur fond de pétrole

[…] Quatorze légionnaires, un gendarme et des météorologues. C’est le bataillon mis en place par la France pour « surveiller » les îles Éparses, qu’elle considère siennes.

Cinq îles et atolls de l’océan Indien, paradisiaques par bien des côtés si l’on considère la flore et la faune s’y développant. Mais elles sont surtout stratégiques.

D’abord au regard de leur situation géographique permettant de contrôler les routes maritimes, ensuite parce que leurs eaux regorgeraient d’hydrocarbures.

La France, bénéficiant d’une zone économique exclusive dans cette région, se considère donc comme souveraine pour l’exploitation de ces ressources.

Seul problème, mais de taille, Madagascar estime que ces territoires lui appartiennent. Le président de la République de Madagascar, Andry Rajoelina, parlait même, l’an dernier, d’ « identité nationale ». Il est vrai que les Malgaches ont de quoi se sentir dépouillés, voire grugés, par Paris.

Les îles Éparses ont été administrativement rattachées à la Grande Ile lorsque celle-ci est devenue colonie française, en 1896. Mais, tour de passe-passe politico-administratif, à la veille de l’indépendance déclarée le 26 juin 1960, elles ont été rattachées par décret au ministère français des DOM-TOM. […]

Depuis, les îles Europa, Bassas da India et Juan de Nova ainsi que l’archipel des Glorieuses, composé de Grande Glorieuse et de l’île du Lys et Tromelin, qui composent ces îles Éparses, sont devenus un point d’achoppement entre la France et Madagascar.

L’ONU, saisie en 1976, a donné raison aux autorités d’Antananarivo par deux résolutions contraignantes (1979 et 1980), demandant au « gouvernement français d’entamer sans plus tarder des négociations » en vue de la réintégration de ces îles « séparées arbitrairement de Madagascar ».

Las, quarante après et malgré les condamnations de l’Union africaine et de la conférence des pays non alignés, rien n’a bougé.

La question a bien été abordée en mai 2019, à Paris, entre Emmanuel Macron et Andry Rajoelina et une commission mixte avait été créée afin d’aboutir à un accord avant le 26 juin 2020. Mais Madagascar a fêté les 60 ans de son indépendance sans avoir recouvré ses droits sur les îles Éparses.

Pis, en octobre de l’année dernière, le président français s’est rendu sur l’archipel contesté, chemise blanche et sourire étincelant, comme le montrent les photos, pour déclarer sur un air, qu’il affirmait lui-même révolu, mais qui sonne bien comme une réminiscence coloniale : « ici c’est la France, c’est notre fierté, notre richesse. Ce n’est pas une idée creuse… on n’est pas là pour s’amuser, mais pour bâtir l’avenir de la planète. » Et d’annoncer sur sa lancée que l’une des îles, Grande Glorieuse, serait classée en réserve naturelle nationale en 2020.

Avis aux Malgaches : rompez les rangs, comme aurait pu le dire le général.

[…]

Si cette forme d’annexion n’est pas une forme de colonialisme, une affaire qui n’est pas sans rappeler l’histoire des Maldives …


Pierre Barbancey. Source