Étiquettes

Qui viendra nous parler après lecture de ce texte … de race, de racisme, d’exclusion, de clanisme, communautarisme, etc., alors que nous sommes tous issus de la même souche … Comment voulez-vous que les peuples s’entendent en partant d’une telle position ?

Et malheureusement les dogmes religieux n’arrangent rien. MC

Le 24 janvier 2020, la Cour suprême israélienne validait l’utilisation par le grand rabbinat de la génétique pour déterminer la judéité d’un individu.

Cette quête du «gène juif» n’est que la dernière étape de la dérive identitaire d’Israël, analysée dans un riche essai par le journaliste Sylvain Cypel (1).

Pour l’auteur, Israël, loin d’incarner un lieu de refuge pour les Juifs du monde, agit désormais contre leurs intérêts en s’installant dans le camp des «ethno-États agressivement intolérants et menés par la foi ».

Déjà, la loi sur l’« État-nation du peuple juif», votée en 2018, institutionnalisait la ségrégation entre les citoyens juifs et ceux qui ne le sont pas, au bénéfice des premiers.

Cette évolution n’est pas sans conséquences.

Aux États-Unis, où la population juive équivaut en nombre à celle d’Israël, le lobby pro-israélien American Israel Public Affairs Committee (Aipac) se confronte à de nouvelles organisations. If Not Now, J Street, Jewish Voice for Peace, notamment, défendent le droit à la critique d’Israël et des décisions prises par M. Benyamin Netanyahou.

En France, où vit la troisième plus forte communauté juive du monde, la tendance est inverse tant les organisations représentatives du judaïsme s’enferrent dans le soutien inconditionnel et plaident, à l’instar de la résolution du député Sylvain Maillard votée le 3 décembre dernier par l’Assemblée nationale, pour assimiler antisionisme et antisémitisme.

Dans un essai retraçant le destin des Juifs français, le journaliste Charles Enderlin rappelle que, même après les persécutions du régime de Vichy, c’est l’esprit d’intégration républicaine qui prévalut.

Il faut attendre la guerre des six jours de 1967 pour voir dans l’Hexagone des Juifs manifester publiquement leur solidarité à Israël (2). Avec l’arrivée des communautés séfarades originaires du Maghreb, et notamment de l’Algérie nouvellement indépendante, la manière d’être juif et de pratiquer le judaïsme est bouleversée.

Il ne s’agit plus d’une pratique privée, souvent bien plus attachée à une culture qu’à des rites cultuels, mais d’un «judaïsme extraverti»

Ainsi se noue avec Israël, au-delà du lien affectif, une alliance contre le gaullisme (symbole à leurs yeux de lâcheté en Algérie et prémices des critiques de l’occupation israélienne) et contre l’Arabe musulman.

Le «franco-judaïsme» laisse place au «franco-sionisme ». Le passage d’un paradigme à l’autre est symbolisé par la nouvelle charte du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), adoptée en 1977, qui définie’« appartenance du Juif français au peuple juif en Israël et en diaspora ».

Désormais résolument « prosioniste », selon Enderlin, l’institution « demande aux autorités françaises de soutenir l ‘État d ‘Israël ».

Le progressiste et républicain Théo Klein, président du CRIF dans les années 1980, n’y changera rien. Des attentats de la rue Copernic à celui contre le magasin Hyper Cacher, en passant par la profanation du cimetière juif de Carpentras ou l’assassinat d’Ilan Halimi, certains Juifs français ressentent une insécurité qui les conduit à penser qu’ils font face à la même menace qu’Israël, et qui augmente le nombre de candidats pour l’ alya, l’émigration en Israël.

Si le CRIF ou le Consistoire de France condamnent l’importation du conflit israélo-palestinien, leurs appels adressés aux Juifs de France à se tenir aux côtés d’Israël ne font néanmoins qu’alimenter la thèse assimilant tout Juif à cet État.

Qui peut croire que la critique d’Israël ouvrirait la porte à l’antisémitisme ? « Ce n’est pas, affirme Cypel, la divulgation des images sur les tueries de jeunes Palestiniens qui « alimentent l’antisémitisme », ce sont les tueries elles-mêmes. »

Reste que les institutions juives ne représentent que ceux qui participent à des activités culturelles ou cultuelles liées au judaïsme français, soit moins du tiers de cette communauté.

Par ailleurs, bien que numériquement très faibles, certaines associations juives développent des discours progressistes qui méritent d’être davantage entendus, telles Une autre voix juive ou l’Union juive française pour la paix.


Thomas Vescovi.-Le Monde Diplomatique. Source 

Accès libre avec ce lien


  1. Sylvain Cypel, L’État d’Israël contre les Juifs, coll. «Cahiers libres», La Découverte, Paris, 2020, 330 pages, 20 euros.
  2. Charles Enderlin, Les Juifs de France entre République et sionisme, Seuil, Paris, 2020, 448 pages, 22,50 euros.