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Plus de soixante ans que dure ce « Jeu des 1 000 fr/€ ».

Question bleue : « Quelle émission débute par un tonitruant « Chers amis, bonjour ! » ? « Question blanche : « Qui fut le premier animateur de ce jeu radiophonique ? » Question rouge : « Comment s’appelle l’instrument qui ponctue chaque question ? »

Lancé le 19 avril 1958 sur France Inter, « Le Jeu des 1.000 francs », rebaptisé « Le Jeu des 1.000 euros » en 2002, agit sur le cerveau comme la madeleine de Proust. Des milliers de souvenirs !

Tous ces déjeuners familiaux où il était interdit de bavasser pendant le sacro-saint quart d’heure de 12 h 45 à 13 heures…

Quand Lucien Jeunesse enquillait ses questions au son du métallique « ding, dong » frappé sur un glockenspiel… S’ensuivaient les « Ban-co ! Ban-co ! » scandés par le public.

Soixante-deux ans plus tard, la formule n’a connu que d’infimes remises à jour et a survécu, alors que tant d’autres émissions ont disparu.

En 1995, Pierre Bouteiller, alors patron de France Inter, avait tenté de profiter du départ à la retraite de Lucien Jeunesse pour placer un programme plus intello avant le journal de 13 heures. Face aux protestations des auditeurs, il a vite reculé. Fort de ses 1,6 million d’auditeurs, « Le Jeu des 1.000 euros » reste indétrônable.

Caravane.

La recette ?

« C’est un jeu exigeant mais pas prétentieux, dissèque Nicolas Stoufflet, qui anime l’émission depuis douze ans. L’appât du gain n’est pas la motivation principale des candidats. Et puis, surtout, c’est la seule émission qui se déplace encore sur les routes de France. »

Le principe ?

Les auditeurs adressent des questions au siège de Radio France — il en arrive une bonne centaine par jour Nicolas Stoufflet et la petite équipe du jeu les sélectionnent et les trient en fonction de leur difficulté. Les plus faciles, les bleues, sont rétribuées 15 euros, les blanches 30 euros et les rouges 45 euros, uniquement quand elles passent à l’antenne. Les vainqueurs du Banco se partagent 500 euros et ceux du Super Banco 1.000 euros. Des sommes très modestes, comparé aux jeux télévisés.

Apanage du service public !

Avec la rigueur d’un métronome, Nicolas Stoufflet prend, une semaine par mois, la route avec le réalisateur de l’émission, Yann Pailleret, et deux preneurs de son. Pailleret oeuvrait déjà il y a trente ans avec Lucien Jeunesse. C’est dire la passion que ce jeu suscite…

A raison de trois ou quatre émissions enregistrées chaque jour, le quatuor met en boîte de quoi alimenter l’antenne durant trois semaines. L’animateur se souvient encore de son angoisse en arrivant vers 17 h 45 à Saint-Véran, le plus haut village d’Europe, perché à 2.040 mètres d’altitude dans le parc naturel du Queyras : « Trois quarts d’heure avant l’enregistrement de l’émission, la salle des fêtes était vide… Puis, à 18 h 30 pétantes, 300 personnes sont arrivées de Saint-Véran et des villages avoisinants. »

Dans les petites bourgades, la venue de la caravane radiophonique est un événement, couvert dans le moindre détail par la presse locale.

Après l’enregistrement, sous l’effet des boissons les plus détonantes, comme le rosé pamplemousse, les langues se délient. Au centre des conversations, ces dernières années, la disparition des services publics dans les petites communes, « vécue comme un abandon », souligne Nicolas Stoufflet.

Mais « dire que j’ai senti monter le mouvement des gilets jaunes serait très excessif », avoue l’animateur.

Pas tout à fait le public du « Jeu des 1.000 euros »… « Les enseignants ou membres des services publics sont surreprésentés, admet-il. J’aimerais avoir des candidats issus de catégories plus populaires… Mais les questions exigent tout de même un bon niveau de culture générale. Et nous ne voulons pas modifier le niveau du jeu. C’est notre marque de fabrique.

Pas de questions à deux balles pour 1.000 euros


Hors-série N° 156 « les dossiers du Canard enchaîné ». Article non signé.