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Connu pour son combat auprès des malades de lyme, le professeur Christian Perronne chef du service des maladies infectieuses à Garches, est l’incarnation de la probité scientifique, il a été, pour plusieurs gouvernements successifs, conseiller pour la santé publique. Il a notamment géré pendant quinze ans les crises sanitaires pour les ministères.

Pas exactement né de la dernière pluie pandémique, quand il dénonce avec force l’attentisme, les incohérences, les erreurs monumentales qui auraient pu éviter tant de morts en France, on a envie de savoir ce qu’il a à dire !

Et son constat n’est pas reluisant : pénurie de masques, pénurie de tests, communication incohérente, qui tient plus de la gestion de pénurie que de la gestion de la pandémie. Le Pr Perronne retrace avec humour et grincements de dents la chronologie minutieuse de l’incompétence, des séries d’erreurs absurdes commises par le gouvernement.

Ce qui est troublant, c’est que sa solide formation scientifique l’enjoint à s’appuyer sur des constats. Pas de parti-pris partisan plus ou moins de mauvaise foi chez lui, uniquement les faits.

Et ils sont glaçants.

La France savait qu’une grave crise s’annonçait, et pourtant rien n’a été anticipé. Dès le 12 janvier, l’OMS alerte tous les pays afin qu’ils préparent des tests.

Le Pr Perronne a été expert durant neuf ans auprès de l’OMS. Cette organisation fait normalement autorité sur tous les professeurs et médecins, qui lisent systématiquement les publications, jugées sérieuses et fiables.

  • Pourquoi alors, le 12 janvier, rien ni personne ne réagit en France ?

Parce que les décideurs ont préféré attendre que les tests soient certifiés par l’institut Pasteur ! Soit des semaines, voire des mois de remise au point pour que tout soit parfaitement calibré, ce qui nous a fait perdre un temps précieux sur le temps de l’épidémie, bien plus rapide à se propager qu’un test à être certifié !

Les Allemands ont encouragé tout de suite les laboratoires du pays à mettre au point leurs propres tests, ce qui a permis d’identifier et d’isoler les malades et leurs contacts. Et donc d’éviter une propagation catastrophique.

Si les scientifiques appelaient au confinement depuis le début de la crise, le Pr Perronne précise que le confinement généralisé, véritable catastrophe économique, aurait pu être évité si le pays avait été un peu plus prévoyant.

  • Comment ?

Simplement en généralisant le port du masque et en testant massivement pour isoler uniquement les malades, les porteurs sains et les personnes vulnérables. Il cite en exemple plusieurs pays pour lesquels cette formule a fonctionné : le Japon, la Corée (256 morts mi-mai) et Singapour.

Selon le professeur Perronne, il y a bien eu une grave pénurie de masques, que l’on a tenté de camoufler en prétendant qu’ils n’étaient pas nécessaires. Un scandale pour la population, mais surtout pour tous ceux qui devaient impérativement être en action, au contact des autres et donc potentiellement du virus.

« Trêve d’ironie, le gouvernement, sur la gestion des masques, n’a pas été lamentable, il a été bien plus que ça. Non seulement il n’a pas protégé ses soldats sur la ligne de front, les soignants, mais il a méprisé toutes les professions qui étaient aussi exposées à l’infection au coronavirus.

Je parle des pharmaciens, qui recevaient des malades et ont été contaminés par milliers. Je parle des 10 000 policiers contaminés car obligés de s’approcher pour vérifier les autorisations de sortie des Français. Et je n’oublie pas les éboueurs, chargés de ramasser nos poubelles, les caissiers et autres personnels d’entrepôts, les hommes et femmes de ménage des hôpitaux, les journalistes disséminés dans les services Covid-19 pour couvrir l’actualité, les services funéraires, les laborantins à qui l’État a transmis la mission de dépistage.

Je n’oublie pas non plus les routiers, ceux qui approvisionnent la France en nourriture ou en oxygène, entre autres. Tous ces corps de métiers, au cœur de la plus grande crise sanitaire de ce siècle, étaient en première ligne. Sans protections. »

À propos de la chloroquine

À force de vouloir attendre que tout soit prouvé, bordé, certifié, l’état, en voulant se protéger, a laissé passer de nombreuses occasions de soigner. Le Pr Perronne apporte son soutien à l’étude du professeur Raoult, et fait montre d’énormément de réserves quant à l’étude discovery, jugeant qu’attendre les résultats de cette étude c’est attendre la fin de l’épidémie sans agir.

Il n’y a pas, en médecine, de certitude absolue qui fonctionnerait sur tout le monde, c’est bien une science humaine, où il faut constamment adapter le traitement aux paramètres propres à chaque patient, la chloroquine ne fait pas exception et n’est ni un remède miracle, ni une poudre de perlimpinpin pour illuminés.

Enfin, pour clore ce tableau désespérant, on ne manquera pas de noter les nombreux conflits d’intérêt des membres du conseil scientifique du gouvernement, ainsi que la sape régulière du système de santé Français.

Depuis plusieurs mandats, droite et gauche confondue, on assassine les capacités de soin de l‘hôpital public, mandat après mandat. À titre d’exemple, en 2018, la France a supprimé 4.200 lits d’hôpital[2]. C’est un chiffre parmi tant d’autres, qui révèle le manque de moyens que dénoncent depuis trop longtemps les soignants.

Une commission d’enquête parlementaire travaille sur les responsabilités de chacun depuis le 16 juin, le procureur de la république Rémi Heitz a ouvert une enquête préliminaire le 8 juin, suite à de nombreux dépôts de plaintes de particuliers et de collectifs.

Espérons que ce minutieux travail permettra d’identifier les dysfonctionnements et sera, pour nos dirigeants, une leçon à prendre au sérieux sur l’anticipation que l’on attend d’eux en cas de seconde vague ou de nouveau virus.


Propos recueillies par Anne-Charlotte Fraisse. « Pure Santé ». Source (lecture libre)