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Devant une caméra, certaines, certains, des candidat-e-s acceptent de se soumettre à des actions « limitent » tant morales que physiques, parfois humiliantes ; certaines, certains, ce sont fort éloignés de leur confort habituel pour gagner un peu d’argent et un peu de notoriété … même temporaire !

Mais en définitif, tous ces types de talkshow n’ont rien d’intellectuel, ils ne servent qu’à vendre des minutes de publicité, enrichir les patrons de chaînes et les actionnaires…MC


FORT BOYARD

Quand l’émission culte reverse le trésor des vainqueurs aux associations, ce n’est pas « des millions ».

Depuis trente ans tout juste (la première émission remonte au 7 juillet 1990), « Fort Boyard » (« Bouâyard », en patois charentais) offre à France 2 quelques-unes de ses meilleures parts de marché en prime time (16,4 %, en moyenne, en 2019) et ses rares victoires contre TF1.

L’audience de l’émission, qui a atteint jusqu’à 4,6 millions de téléspectateurs en 1992, s’est tassée au fil des ans, avec la diversification du PAF, mais elle est remontée autour de 2,5 millions chaque samedi soir de juin à septembre.

Le vieux jeu télévisé créé par Jacques Antoine, pape du genre dans les années 60 et 70, reste la star estivale de la chaîne, l’une de ses marques phares, que s’arrachent une douzaine de télévisions étrangères…

En 2019, pour fêter ses 50 ans, un milliardaire russe s’est offert une émission, avec toutes les options, histoire d’amuser ses amis, compétiteurs d’un soir.

La cote des boyards, que gagnent les candidats au prix de leur sueur, de leurs larmes et, parfois, du ridicule, au cours d’une trentaine d’épreuves devenues culte, n’a pas varié, elle.

Environ 10 euros l’unité, pour un modèle très pièce en chocolat, fondu dans un vulgaire métal doré par un prestataire d’Adventure Line, la société de production.

 Alors, même quand elle tombe en pluie sous les cris de joie libératoires, cette monnaie-là ne représente que rarement une fortune. Record des gains : l’équivalent en francs de 37.118 euros en 2001. Mais la moyenne des 4,1 millions d’euros distribués en trois décennies s’établit autour de 15.000 euros par émission, et à 21.000 euros ces dix dernières années. On lui dit merci ?

Depuis 1993, en effet, le montant du trésor remporté est intégralement versé à une association caritative. Les associations peuvent se porter candidates pour être parrainées. « C’est une idée et une philosophie qui plaisent [aux téléspectateurs], confesse Olivier Minne, le présentateur de « Fort Boyard ». Et ce n’est pas négligeable de se dire que la vie sur terre peut aussi s’organiser de cette façon-là. »

C’est beau… mais pas totalement gratuit. Et proche du foutage de gueule quand l’équipe qui a le malheur de ne pas résoudre l’énigme n’empoche que le minimum prévu en cas d’échec, soit 3.000 euros – et encore, il y a du progrès : longtemps, ce ne fut que 762 euros, même pas le minimum vieillesse.

Au moins, la générosité de « Fort Boyard » aura été une première, même si elle est davantage le fruit d’un calcul que du désintéressement.

Quand Marie-France Brière, alors toute-puissante directrice des programmes de la Deux, décida qu’il fallait faire participer des célébrités, son équipe réalisa qu’elle ne pouvait ni les payer ni les faire venir pour rien… Restaient les dividendes de l’image : quoi de plus rentable que le dévouement caritatif pour ripoliner une réputation ?

 Cela vaut bien d’en baver en avalant des vers, en luttant dans la boue avec une catcheuse ou en se faisant morigéner comme un garnement par le Père Fouras…

Finalement, quand l’émission culte reverse le trésor des vainqueurs aux associations, ce n’est pas « des millions ».


Hors série « Canard Enchainé » N°156