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La désignation des JO à Paris était au départ, une façon de redorer l’image de la France et conforter l’ego de certains politiques …

… dès le départ un certain nombre de pessimistes affirmait que le budget initial serait largement dépassé et contraindrait tous les Français mettre la main à la poche pour éponger l’excédent budgétaire. Après les événements du Covid, les vagues de licenciements qui vont en résulter, l’annonce du grossissement de l’enveloppe budgétaire pour 2 mois de JO et communications internationales passent mal dans l’opinion. MC


Evidemment, Emmanuel Macron a gardé le secret lorsque, le 9 juillet 2020, il a reçu le président du Comité international olympique (Cojo).

Thomas Bach l’aurait sans doute eue mauvaise en apprenant qu’à quatre ans des Jeux de Paris l’Agence française anticorruption (M’A), placée sous la double tutelle de la Justice et de Bercy, s’intéressait de près à la gestion du comité (français) d’organisation, le Cojo. Comptes, factures, appels d’offres, conflits d’intérêts éventuels, tout, depuis plusieurs semaines, est passé au peigne fin…

Comme « Le Canard » (17/6) l’a écrit, cette même M’A avait déjà mis son nez dans les comptes de la société chargée de la livraison des ouvrages olympiques, Solideo, qui, ainsi que son nom l’indique, est censée construire le « dur » (stades, villages et autres piscines). Il faut dire qu’une somme de 7 milliards (le coût annoncé des Jeux), ça n’attire pas uniquement des premiers communiants.

Thomas Bach connaît la musique

La France n’avait-elle pas promis d’organiser des Jeux « exemplaires » au niveau financier ?

C’est en tout cas de gros sous qu’il a été question lors de la rencontre entre Macron et Bach. « On s’est mis d’accord sur le fait qu’il fallait respecter le budget », a confié l’ex-champion olympique allemand de fleuret à « L’Equipe » (10/7). Ils sont aussi convenus qu’il fallait être « créatifs et optimiser les Jeux ». Traduction : tailler dans le gras des dépenses.

Un proche du chef de l’État confirme : « La crise sanitaire et économique nous oblige à une remise à plat. Les Jeux ne sont pas actuellement en péril, mais il faut tout revoir. »

Quelques heures plus tard, Anne Hidalgo a eu droit, elle aussi, à la visite du « Kapellmeister » de l’olympisme mondial. Devant lui et les dirigeants du Cojo et de Solideo, la maire de Paris a demandé que, d’ici à la rentrée, « le projet, tant d’un point de vue technique qu’environnemental et budgétaire, soit réactualisé. Tout particulièrement le système de financement privé ». Elle-même n’avait pas hésité à révoquer le sponsor pétrolier Total, jugé trop polluant. Qui pour le remplacer ? Un géant de la trottinette ?

Afin de boucler son budget, le Cojo doit collecter 1,1 milliard d’euros versés par des sponsors « domestiques » (c’est-à-dire à la fois différents et non concurrents des grands partenaires de l’olympisme mondial). Aujourd’hui, seuls trois « tickets » à 100 millions ont trouvé preneur : la Française des jeux, EDF et le groupe bancaire BPCE sont les heureux gagnants. Accor, prêt à signer, s’est ravisé depuis la crise sanitaire. Reste donc à trouver 800 millions. A vos marques !

Alors que les recettes ne sont pas assurées, les dépenses ne cessent de croître.

En décembre, le Cojo a ainsi eu l’idée d’installer sur la place de la Concorde un stade éphémère pour accueillir les « sports de démonstration », et un « parcours olympique ». Rien n’est encore définitif, mais on sait d’ores et déjà que le coût de la sécurité, pour ce seul projet, se chiffrera en dizaines de millions !

Le prix de revient du Centre aquatique olympique, près du Stade de France, était quant à lui initialement évalué à 104 millions. Sa construction par Bouygues devrait coûter près de 175 millions. Ça douche !

« Il faut remettre des choses en question, reconnaît une éminence du Cojo. Par exemple, la décision prise par l’État d’abandonner la desserte du Bourget par les futures lignes 16 et 17 du métro doit nous interroger sur la nécessité de conserver le Village des médias. » Celui-ci doit accueillir des journalistes du monde entier… puis être transformé, après 2024, en un ensemble de logements sociaux.

Les dispendieux du stade

Sa remise en question, sérieusement à l’étude, irrite les élus du « 9-3 ». L’un d’eux demande à la place que le Cojo « réduise [sic son train de vie » (allusion à plusieurs dépenses ostentatoires destinées à valoriser la marque Paris 2024). Le 18 avril 2019, aux Docks de Paris, à Aubervilliers, une soirée (trois heures de discours) a rassemblé 593 membres de la famille olympique, pour une facture de 620.000 euros. Le 21 octobre suivant, c’est le logo des Jeux qui a été présenté au Grand Rex. Coût des réjouissances ? Un demi-million, au moins. Tout ça pour ranimer la flamme…

Les salaires des patrons du Cojo ne font pas non plus dans l’austère. Sur la plus haute marche du podium : Tony Estanguet. Le président de Paris 2024 perçoit annuellement 270.000 euros hors taxes. Grâce à un contrat de « travailleur indépendant » (sic), il est très légalement rémunéré et adresse chaque mois une facture au Cojo. S’y ajoutent un bonus annuel pouvant grimper jusqu’à 20 % du salaire de l’année et quelques menus frais de mission (entre 500 et 1.000 euros par semaine). Bravo, champion !

Le dialogue, nouvelle épreuve des Jeux ?

C’est une curiosité : devenu Premier ministre, Jean Castex demeure officiellement directeur interministériel des Jeux olympiques de Paris (Dijop) !

En expert, le nouveau chef du gouvernement a récemment affirmé, devant des proches, qu’il existait « un problème de gouvernance à Paris 2024 ». Notamment dans la façon de dialoguer et de négocier avec les élus et l’administration, garants du bon fonctionnement des Jeux.

La preuve : en un peu plus d’un an, Tony Estanguet, le président de Paris 2024, a changé deux fois de directeur des relations institutionnelles (celui-là même qui est chargé, au premier chef, de ces échanges avec les représentants de 1’Etat).

Constat identique à la Mairie de Paris, où un collaborateur d’Anne Hidalgo confirme ces problèmes de « pilotage » et renchérit : « Aujourd’hui, seulement 200 personnes travaillent pour les Jeux, mais elles seront 4.000 en 2024 ! » La maire de Paris réfléchit même à la création d’un « exécutif » chargé d’encadrer le Cojo.

Y siégeraient Hidalgo, le patron du conseil départemental de Seine-Saint-Denis, les présidents de Paris 2024 et de Solideo. Plus un représentant du gouvernement : le Premier ministre ou le Dijop. Pour l’instant, c’est soit Jean Castex soit Castex Jean.

Didier Hassoux. Le Canard enchaîné. 15/07/2020