Oui, elle est jolie et sans langue de bois, et l’a parfois payé cher.

Autrefois, avant de devenir poids lourd du gouvernement Castex, quand il lui arrivait de sécher sur une question, elle n’hésitait pas : « Je voudrais bien vous répondre, mais, franchement, je n’en ai pas la moindre idée. » Elle l’avouait et passait tranquillement à autre chose. Sa spontanéité lui a donc valu son lot d’humiliations.

Au début des années 2000, cette diplômée de Sciences-Po Lille se retrouve collaboratrice parlementaire d’Yves Cochet. Elle est chouette et sympa, tout le monde l’appelle « la petite Barbara ». Elle n’a pas 30 ans, Cochet l’a recrutée pour sa fraîcheur et son enthousiasme, mais, quand elle n’est pas là, l’ex-ministre raille les « pensées de Barbara », qu’il consigne dans un petit cahier, destiné à être lu, sans doute à haute voix, et commenté avec la charité qu’on imagine. Elle l’a su (il y a toujours de bonnes âmes pour raconter ça), n’a rien dit

En 2012, « Libé » lui consacre un long portrait. Le photographe dit cadrer son visage et son buste, mais ne résiste pas à l’envie de la montrer en pied. Elle n’a pas pris garde à sa jupe, un peu relevée. Certains ont ricané, c’était si facile. Ce jour-là, « la petite Barbara » a grandi.


« Barbie » écologie

Numéro trois du gouvernement, elle doit désormais exister et faire oublier qu’elle n’était pas le premier choix pour ce poste : avant elle, Laurence Tubiana et Ségolène Royal ont été approchées. « Si Pascal Canfin n’a pas eu le poste, c’est uniquement parce qu’il était un homme », dit charitablement un ministre. Un ex-député écolo, agacé par sa joie d’être nommée, fustige le « bonheur des parvenus ». « Elle est là parce qu’il n’y a plus personne sur le banc de touche », tacle un député LR-EM. Ses premières interventions (elle se présente comme la « coach » en écologie de l’ensemble du gouvernement), un rien maladroites, font sourire. « Il faut bien qu’elle se pousse un peu du col, elle apprendra vite à affiner sa com’ », rigole un ancien ministre écolo.

Elle est là parce qu’elle a appris à mordre. En 2012, les écolos ont, pour la première fois de leur histoire, un groupe parlementaire à l’Assemblée.

 Noël Mamère souhaite le diriger et propose un tandem à Barbara Pompili, élue dans la Somme. Il connaît bien Barbara, qui fut son attachée de presse lors de sa campagne présidentielle de 2002. Mais, finalement, Pompili le coiffe sur le poteau et fait équipe avec son pote François de Rugy sans même daigner le prévenir. « Ça arrangeait tout le monde que ça ne soit pas moi, mais j’avoue que j’ai été scotché par ce coup tordu », se souvient l’ancien maire de Bègles. Elle incarne avec Rugy la droite d’EELV, fustigeant des écolos qui vont à la « gauche de la gauche » sans jamais trop s’engager dans les débats. « Elle se mettait toujours dans la roue de Rugy, on connaissait bien sûr sa sensibilité, mais on ne l’entendait guère », rappelle Sergio Coronado, ex-député EELV aujourd’hui membre de LFI. A EELV, où on fustige pourtant le sexisme, ils sont « Ken et Barbie ».

Elle est la première, au du gouvernement Cazeneuve, à se rallier à Macron, montrant un enthousiasme qui frôle peut-être la naïveté, saluant « un projet écologiste, le seul qui soit en passe d’être appliqué ». Elle hérite de la présidence de la commission du Développement durable et tente d’arracher le perchoir à Richard Ferrand.

A l’Assemblée, elle s’est toujours montrée suractive : elle saute d’une mission d’information à une enquête parlementaire, sans souffler. Elle occupe le terrain, c’est son obsession, pas un sujet qui lui échappe : écologie, nucléaire, enseignement supérieur, personnes handicapées… On finira bien par la choisir.

Ambitieuse à la manœuvre

Quand Matthieu Orphelin, un proche de Nicolas Hulot, crée un nouveau groupe parlementaire, en mai, après avoir quitté LR-EM, souhaitant un tournant écolo et social, Pompili reste au bercail. Elle a pourtant assisté aux réunions préparatoires des dissidents, elle est sur le même credo politique, et fait finalement un autre pari : elle incarnera cette ligne, mais de l’intérieur. Un grand classique des ambitieux. Elle parvient à réunir un groupe d’une cinquantaine de parlementaires et à imposer au parti présidentiel son premier courant, au nom, il est vrai, des plus rassurants : « En commun ».

Ils sont peu nombreux à la voir peser au sein du gouvernement. « Pompili sera étroitement surveillée par son directeur de cabinet, Jack Azoulay, un ancien de l’équipe Wargon, même si on lui donnera quelques susucres pour la faire exister. Mais les fonctionnaires du ministère de la Transition écologique sont encore très faibles dans, l’appareil d’État, il lui faudra sacrément manœuvrer » prédit un ancien ministre.

Sur ce plan, elle n’a plus grand-chose à prouver.


Anne-Sophie Mercier – le Canard enchaîné. 15/07/2020