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  • Quelle culture défendez-vous ?

Une culture comme projet politique, au sens le plus noble. Une culture comme projet d’humanité, de diversité et de pluralité.

  • Vos participations aux Grosses têtes, sur RTL, à certaines émissions de M6, à Fort Boyard, renvoient pourtant à une conception moins sophistiquée…

Fort Boyard, c’était une participation d’un soir pour gagner des sous pour Le Refuge, cette association qui s’occupe des hébergements d’urgence de jeunes homosexuels chassés par leurs familles. En général, quand je participe à ce genre d’émission, c’est pour reverser mes gains à des associations que je soutiens.

Les Grosses têtes, c’est différent. C’est une émission très écoutée, une émission où l’on rit et pose des questions culturelles au milieu d’une blague un peu leste parfois. Je n’ai jamais eu le sentiment de m’y diminuer, de ne pas être à ma place. C’est aussi ma personnalité, cette truculence rabelaisienne… Mais je peux passer des Grosses têtes à mon ex-émission sur France Musique, dont la dernière prestation aura consisté en une analyse de six sonates de Beethoven. Je suis comme ça… Et je resterai comme ça… Je refuse tout snobisme dans la culture ; elle doit pouvoir prendre des aspects différents, couvrir des champs différents, ne pas refuser le plaisir. Je suis une gourmande de culture.Ça signifie quoi ?

C’est ma nourriture. Et ma jouissance. Une des rares dont vous n’ayez pas honte, car elle vous rend à l’écoute. De l’autre, de vous… Elle vous grandit. Et n’allez pas me dire que la culture ne parle qu’à l’intellect ! Vous pouvez ressentir une véritable vibration charnelle, quand vous écoutez de la musique. Et elle peut se partager…

J’ai fondé il y a dix ans Musicos Señor, une association qui organise des concerts dans les maisons de retraite, les Éhpad, où nos seniors crèvent souvent de solitude. J’ai trouvé des mécènes qui financent ainsi de jeunes musiciens. En plus de rallumer la lumière dans les yeux des personnes âgées qui ne peuvent plus se déplacer au concert – ou n’y ont jamais été –, j’ai vu souvent monter les larmes aux yeux des jeunes qui chantent ou jouent. L’émotion, l’enrichissement sont mutuels. Et ça, on peut le faire dans de nombreux domaines. Je peux frissonner aussi en me récitant Bérénice, Athalie ou Phèdre.

  • Vous avez fait du théâtre ?

À l’école, on me donnait toujours les premiers rôles… masculins.

  • À 74 ans, vous n’avez plus rien à perdre en politique, ce ministère est peut-être votre baroud d’honneur, quelle mesure folle pourriez-vous prendre ?

Que dans chaque commune de France, y compris les plus petites, on crée une bibliothèque. Un lieu simplement vivant, partout, où se rencontrer autour de biens culturels primordiaux.


Propos recueillis par Fabienne Pascaud. Télérama. Titre original : « Roselyne Bachelot : “Je suis une gourmande de culture. C’est ma nourriture et ma jouissance” ». Source (extrait)