Étiquettes

Le palois se sentant indispensable devient exigeant …(Ce pourrait-être du La Fontaine)

La France ne le sait pas, mais elle l’a échappé belle : il s’en est fallu de peu pour que le MoDem claque la porte du gouvernement.

Mécontent de la tournure que prenait le remaniement pour les siens, François Bayrou a fait passer un message aussi clair que menaçant à Emmanuel Macron : si les ministres du MoDem n’étaient pas mieux traités, son parti prendrait ses cliques et ses claques.

On est passé à deux doigts du drame absolu pour la planète !

Le 6 juillet, à deux heures de l’annonce du nouveau gouvernement, les deux ministres femmes du MoDem, Jacqueline Gourault et Geneviève Darrieussecq, n’en faisaient en effet plus partie. Tandis que Marc Fesneau, auquel semblait promis le poste de ministre de l’Agriculture, dont il rêve depuis longtemps, se voyait finalement rétrogradé à celui de ministre délégué aux Relations avec le Parlement. Un portefeuille qu’il occupait déjà sous Edouard Philippe, mais avec le titre de ministre de plein exercice.

C’est là que Bayrou est entré dans la danse avec une vigueur décuplée : il craignait que ses troupes, tenues dans l’ignorance, ne se révoltent contre lui quand elles apprendraient que Macron allait le nommer, la semaine suivante, haut-commissaire au Plan, ainsi que « Le Canard » l’a révélé le 8 juillet.

Le chantage du maire de Pau a finalement payé, comme on le sait. Gourault et Darrieussecq ont été repêchées, et Fesneau a récupéré, quelques heures plus tard, son rang de ministre de plein exercice aux Relations avec le Parlement. « Ce n’est pas la même chose, s’est quand même plaint Bayrou, d’avoir 3 ministres sur 21 dans le gouvernement Philippe que d’avoir 3 ministres sur 31 dans le gouvernement Castex. »

L’affaire du haut-commissaire au Plan et celle des ratés du remaniement continuent néanmoins de provoquer un sacré bazar chez les parlementaires centristes. Au point que Bayrou a cru bon de faire cette mise au point devant ses amis, le 13 juillet : « J’ai insisté auprès de Macron pour qu’il n’annonce pas ma nomination [de haut-commissaire] le 14 juillet, car je ne veux pas qu’elle apparaisse  comme un élément du mercato gouvernemental ou de marchandage. Je veux d’abord défendre les miens. Je réglerai mon cas plus tard, dans quelques semaines, avec le Président. »

Détail : le chef du MoDem exige que « son » haut-commissariat relève uniquement de l’Elysée et ne soit donc en rien rattaché à Matignon ou à Bercy, afin d’« échapper aux arbitrages opérationnels quotidiens ».

Au fond, il serait plus simple pour Macron, qui a désormais besoin du MoDem pour avoir la majorité à l’Assemblée, de nommer directement Bayrou vice-président de la République…


Article non signé – Le Canard Enchainé – 15/07/2020