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Des réflexions, une analyse et des solutions a trouver !

Encore quelques semaines avant l’ouverture du procès des attentats des 7, 8 et 9 janvier 2015.

Durant cette attente, on prend conscience que, cinq ans et demi après, ces horreurs préoccupent moins les Français, beaucoup plus inquiets du chômage, de l’épidémie en cours, des catastrophes écologiques que de l’islamisme, de la laïcité ou du blasphème.

« Mes valeurs, c’est la laïcité », vient de déclarer le nouveau Premier ministre, Jean Castex. Il y a bien longtemps qu’on n’avait pas entendu ces mots dans la bouche d’un haut dirigeant politique.

 Qu’est-ce que la France?

  • Les hommes politiques se posent-ils cette question lorsqu’ils entrent en fonction?
  • L’emploi, c’est pour gagner sa vie.
  • L’écologie, c’est pour la vivre dans un écosystème protégé.
  • La laïcité, c’est pour coexister avec ceux qui croient différemment.

Qu’est-ce que la France?

  • C’est le pays où le questionnement sur soi-même est toujours associé à celui sur les autres.
  • C’est concilier individualisme et universalisme.
  • L’universalisme, voilà l’ennemi.

Pour les nouveaux antiracistes et convertis de fraîche date, l’universalisme doit être détruit avec autant de rage que la laïcité française. Car de l’universalisme découlent la laïcité, mais aussi cette ambition qu’ont les intellectuels et politiques français de penser pour l’humanité.

Quand la France proclame des droits et des principes, c’est avec pour horizon non pas les frontières étriquées de l’Hexagone, mais celui de la terre entière.

C’est précisément ce qui insupporte les communautaristes, qui ne conçoivent le monde qu’à travers le prisme étroit des identités particulières.

Ce combat est une lutte à mort, comme l’a montré le massacre de Charlie Hebdo en 2015, mais les soldats fanatiques de cette guerre contre la laïcité savent s’adapter à l’air du temps et donner à leur croisade des aspects moins repoussants que ceux des attentats.

« Les attentats en France, ça sert à rien si on n’avance pas. Le jihad, déjà, doit toucher le bas de la société, tout ce qui est basané pour le dire comme ça, la masse quoi. Tout le monde doit  » y participer, à chacun son échelle», explique Youssef à Hugo Micheron dans Le Jihadisme français (1). Et il continue : « Le jihad, ce n’est pas la finalité. C’est un moyen. Ça veut dire que quand on peut arriver à cette fin [la destruction de l’Occident] sans le jihad, il le faut. »

Lassana, proche des frères Kouachi et admirateur de Coulibaly, explique de sa cellule : «On est la génération « sacrifiée », mais celle de nos enfants, on est en train de l’éduquer pour que quand ils auront nos âges, le rapport de force face à l’Étatieur soit favorable, qu’ils soient tellement nombreux que l’État ne puisse même plus les mettre en prison… »

Les attentats, c’est ringard et ça ne marche pas, ont fini par admettre ces islamistes incarcérés. Mais c’est pour mieux poursuivre – avec d’autres moyens, comme l’éducation des enfants – le même objectif : la destruction des démocraties occidentales.

À la lumière de ce nouveau jihadisme, plus intellectuel et moins sanguinaire, axé sur l’endoctrinement des gosses et la culture, les adversaires de l’universalisme et de l’horrible laïcité française accusée d’opprimer les identités en deviennent les alliés objectifs.

Si le nouveau Premier ministre veut être à la hauteur de son poste, qu’il s’agisse de laïcité, de santé publique, de retraite ou d’écologie, il devra penser « universel ».

Pour être une grande nation, il n’est pas nécessaire de posséder la première armée du monde, comme les États-Unis, ou la deuxième économie de la planète, comme la Chine. Il suffit d’avoir des idées que les autres n’ont pas.

« La France, c’est une usine à idées. En France, les idées vont loin, le « vivre-ensemble », la « laïcité », ce sont des idées que la France a envoyées au monde et moi je pense que c’est sur ce terrain qu’on peut gagner », conclut Youssef, interrogé par Hugo Micheron.

Le procès des attentats des 7, 8 et 9 janvier 2015, qui s’ouvrira le 2 septembre, sera dur à vivre pour une autre raison : l’époque qu’il évoquera, celle des attaques sanglantes, appartient peut-être déjà au passé. Une autre lui a succédé, où la lutte pour une société sans droit au blasphème ni liberté d’expression se poursuit avec d’autres combattants équipés de nouvelles armes tout aussi ravageuses, mais beaucoup plus difficiles à détecter.


Riss. Charlie hebdo. 08/07/2020


  1. Le jihadisme français. Quartier, Syrie, prison, Hugo Micheron (Édition Gallimard, 2020)