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… il a pour nom « proportionnel » …

Le débat sur la proportionnelle pour les élections législatives repart. Il court depuis maintenant trente-cinq ans. François Mitterrand a introduit la proportionnelle départementale pour les législatives de 1986 : un mode de scrutin qui permet la représentation des « grosses minorités » idéologiques, en l’espèce le Front national, mais laisse hors de l’Assemblée les petites formations pour éviter l’ingouvernabilité.

Revenue au pouvoir, la droite restaura le scrutin uninominal à deux tours, donc la polarisation droite-gauche. En 2012, le candidat François Hollande prit l’engagement d’introduire « une part de proportionnelle à l’Assemblée nationale ». Il l’abandonna après les régionales de 2015.

En 2017, la proportionnelle figurait dans l’accord entre François Bayrou et Emmanuel Macron : pour les centristes, c’était l’assurance de devenir les pivots de toute majorité. Mais ensuite, valse-hésitation : une dose de proportionnelle (en plus des élus directs) ou la proportionnelle intégrale?

Cette dernière option tente Macron, pour qui ce serait une manière de renverser la table et de construire la grande coalition à l’allemande dont il rêve.

La Ve République s’est construite contre le parlementarisme de la IVe. La droite plébiscitaire qui inspire en partie les gaullistes déteste « le régime des partis », donc la proportionnelle. Selon elle, l’émiettement des sièges force à composer des majorités hétéroclites qui explosent au premier coup de chaud et amènent l’instabilité gouvernementale.

Il est vrai que, aux Pays-Bas, la proportionnelle intégrale permet à chaque part obtenant au moins 0,67 % des suffrages exprimés d’avoir un élu. Il y a donc 13 formations représentées, dont un parti des seniors, les animalistes, les fondamentalistes calvinistes et les communautaristes turcs. Ce risque de segmentation, la France le court aussi.

Cela étant, la proportionnelle intégrale est le mode d’élection qui donne l’image la plus juste de l’électorat. Elle mettrait fin à l’anomalie démocratique que constitue la sous-représentation de la gauche radicale, La France insoumise (LFI), du Parti communiste Français (PCF), du Nouveau parti anticapitalistee (NPA) et du Rassemblement national (RN) – puisqu’il est un parti légal, il doit avoir un quota de députés à hauteur de ce qu’il représente.

Actuellement, les candidats de LFI et du RN, avec plus de 7 millions de voix chacun au premier tour de la présidentielle, ont vu leur électorat réduit à entre 2,5 et 2,9 millions au premier tour des législatives un mois après.

C’est l’effet amplificateur injuste de la présidentielle, mais aussi de la démobilisation des citoyens ayant choisi un candidat-président sur ses idées tranchées : ils savent que, sans proportionnelle, leur vote n’aboutira à rien à l’Assemblée. Donc ils restent chez eux.

Deux contre-arguments sont opposables à la proportionnelle.

  1. Le modèle de consensus allemand, scandinave ou néerlandais n’est pas le nôtre.
  2. La France est un pays d’oppositions tranchées, une nation idéologique. Ce n’est peut-être pas plus mal.

La proportionnelle libérera de l’espace pour les options radicales, mais pour mieux les anesthésier : une large coalition des libéraux ne peut être, que consensuellement molle.


Jean-Yves Camus. Charlie hebdo. 08/07/2020.