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La nomination comme Garde des sceaux, lundi 6 juillet, de l’avocat pénaliste Éric Dupond-Moretti, est sans nul doute la plus grosse surprise du gouvernement Castex.

Ses nombreuses victoires à la barre et certaines de ses saillies dans les médias en ont fait une figure bien connue des Français. Outre la diversité de ses clients (de Patrick Balkany à l’ancien trader Jérôme Kerviel en passant par le footballeur Karim Benzema) « sa gestuelle en salle d’audience, ses silences et ses dérapages alimentent une légende qui est arrivée jusque sur scène », écrit le quotidien espagnol El Pais, qui précise qu’il a connu un « succès triomphal avec son monologue théâtral intitulé ‘À la barre’ », en 2019.

Dans la presse étrangère, la présentation du nouveau ministre de la Justice, âgé de 59 ans, passe presque systématiquement par l’évocation de son physique : une « silhouette massive », un « ogre », un « bulldozer », sans oublier de mentionner son célèbre surnom de « Acquitator », octroyé suite aux acquittements obtenus en cascade.

Certains des dossiers qu’il a eus à traiter ne sont pas passés inaperçus, à commencer par celui du procès d’Abdelkader Merah, frère du terroriste de Toulouse et Montauban qui avait tué sept personnes en 2012. « [Éric Dupond-Moretti] y avait défrayé la chronique en affirmant que la mère Merah, qui mentait manifestement comme une effrontée, était elle aussi une mère éplorée », affirme par exemple le quotidien belge Le Soir. Parmi ses autres dossiers : l’affaire d’Outreau ou encore l’assassinat du préfet Érignac en Corse.

En faisant partie de l’équipe internationale de défense de Julian Assange, Éric Dupond-Moretti avait milité en février 2020 pour l’octroi de l’asile en France au fondateur de WikiLeaks. « Le Français juge ‘inéquitable’ le procès contre Julian Assange et cite son état de santé ainsi que de possibles violations de ses droits lors de sa détention à Londres. Les collaborateurs de Dupond-Moretti ont également mis en garde contre ‘les conséquences pour tous les journalistes’ d’une éventuelle extradition de Julian Assange aux États-Unis », explique le Canberra Times. Pour le journal australien, il n’est pas certain que l’avocat poursuive son combat en faveur d’Assange, après son entrée au gouvernement.

Pour le quotidien burkinabé Aujourd’hui au Faso, Éric Dupond-Moretti est connu pour défendre aussi bien les personnalités les plus médiatisées que « les faibles et les opprimés ».

Mais le journal souligne également l’implication de son cabinet au sud de la Méditerranée, en faveur des « opposants africains et [de] certains princes du continent ». Si Aujourd’hui au Faso cite les noms des opposants congolais Moïse Katumbi et camerounais Maurice Kamto, ainsi que le général congolais Jean-Marie Michel Mokoko, il ne manque pas de mentionner celui du roi du Maroc Mohammed VI. Éric Dupond-Moretti a en effet défendu le souverain dans une affaire de chantage l’opposant aux journalistes français Catherine Graciet et Éric Laurent.


Antoine Cuny-Le Callet. Le courrier international. Titre original : «Vu d’ailleurs. “Plus célèbre avocat de France”, Éric Dupond-Moretti l’est aussi à l’étranger ». Source


Juste une question : qu’est-il allé faire dans cette galère, pense-t-il complètement réorganiser la justice ou réécrire des lois ? MC


Dans quelle case mettre EDM , maintenant … et après … ?

Pas moins de cinq lois sur le secret des sources des journalistes ont déjà été votées depuis trente-quatre ans. Avec une efficacité à peu près nulle. A preuve, le document publié la semaine dernière par « Le Canard » sur l’écoute dont a été victime, en 2014, notre journaliste Dominique Simonnot.

  1. Adopté en 1986, un premier texte avait reconnu aux salariés de l’audiovisuel public (et à eux seuls) le droit de refuser de divulguer leurs sources.
  2. en 1993, avait autorisé les journalistes entendus comme témoins par un juge d’instruction à garder le silence sur l’origine de leurs informations.
  3. en 2004, avait limité les possibilités de perquisition dans les entreprises de presse.
  4. en 2010, avait encore renforcé la protection du secret des sources. Un cinquième, en 2016, avait inscrit dans le marbre législatif le droit pour tout journaliste de refuser de divulguer les noms de ses informateurs.

Et qu’est-il arrivé ?

Une partie de la magistrature s’est assise sans vergogne sur ces liasses de lois ! Comme si de rien n’était, des juges et des procs ont continué d’enquêter sur les fuites dans la presse.

Ce genre de sport est facilité par une législation pleine de trous. Pour espionner la presse, il suffit aux magistrats d’agiter des soupçons de violation du secret-défense, du secret professionnel, du secret des correspondances, du secret des affaires ou du secret de polichinelle… Autant d’enquêtes qui visent moins à faire condamner les journalistes par les tribunaux qu’à terroriser les bavards potentiels et à assécher les sources.

Quand il était avocat, le nouveau garde des Sceaux, Eric Dupond-Moretti, se montrait un ardent défenseur du secret de l’instruction et accusait les magistrats d’être les auteurs des fuites dans la presse.

Cette position tranchée ne l’avait pas empêché de signer, en 2016, une pétition contre une proposition de loi qui risquait de « fragiliser le secret des sources des journalistes ».

On ne devrait pas tarder à savoir lequel de ces deux Dupond (Moretti) vient d’entrer au gouvernement…


Article signé des initiales H. L. Le Canard enchaîné. 08/07/2020