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… bétonnage autorisé de la cote … un complexe hôtelier de 7.000 m2 un investissement très rémunérateur, faisant fît de la loi littoral.

C’est le genre de propriété azuréenne qui fait plus envie que pitié : bienvenue à la villa Bettyzou, domaine arboré de 1 hectare les pieds dans l’eau, sur le littoral de Carqueiranne (Var) (à deux pas des plus belles plages d’Hyères).

Au milieu du parc trône une imposante bâtisse d’architecte des années 30, avec terrasses suspendues, vue plongeante et accès à la mer. Les boulistes du coin l’auraient bien vue rachetée par un footballeur « estranger »… Loupé !

C’est Richard Virenque, ex-vedette du vélo adoptée par Carqueiranne, qui, il y a près de quatre ans, a fait l’acquisition de cet ancien hôpital pour enfants, en allongeant 4,5 millions d’euros. Une somme qu’il a entièrement empruntée auprès de la banque CA Indosuez Wealth Management, filiale luxembourgeoise de gestion de fortune du Crédit agricole. Depuis, l’ex-grimpeur reconverti dans les affaires pilote un luxueux projet d’hôtel 5 étoiles qui n’emballe que très moyennement les défenseurs du littoral.

L’été dernier, le 9 août 2019, Richard Virenque dépose une demande de permis de construire à la mairie pour la « rénovation d’un bâtiment existant » et un « projet hôtelier de 55 chambres ». Une « rénovation » qui rime avec grosse extension : sur le papier, la villa Bettyzou passe de 1.182 m2 habitables à… 4.405 m2 de plancher.

En plus de quadrupler la surface, l’ami du vélo a prévu de ratiboiser une partie des arbres pour installer un parking de 101 places !

La commune de Carqueiranne ne disposant pas de plan local d’urbanisme, c’est Jean-Luc Videlaine, le préfet du Var, qui doit trancher. En découvrant les ambitions hôtelières de Virenque, il s’étrangle à moitié. Le 22 novembre, brandissant logiquement la loi Littoral, il rend un avis défavorable.

  • Primo, le projet est tellement maousse qu’il doit être vu comme une « construction neuve », ce qui est interdit dans la fameuse bande des 100 mètres.
  • Deuzio, les services de l’Etat estiment que le domaine Bettyzou se trouve dans une zone « à dominante naturelle », donc que « le projet constitue une extension de l’urbanisation dans un secteur qui en est dépourvu », ce qui est tout aussi proscrit.
  • Dans la foulée, le 12 décembre, le permis est retoqué par la mairie.

Mais le roi de l’Alpe-d’Huez et du Ventoux n’abandonne pas ! Avec son équipe, Virenque enchaîne les rendez-vous pour négocier avec les services préfectoraux ayant dézingué son dossier, ceux de la Direction Départementale des Territoires et de la Mer (DDTM) .

Il secoue ses architectes, qui se surpassent pour redessiner son projet. Puis, à fond la caisse, il dépose un second permis de construire au nom joliment ripoliné : « Création d’un hôtel, d’un centre de remise en forme et d’un centre de sensibilisation à l’environnement ». Et pas d’un sanctuaire marin pour les oiseaux blessés ?

Gag : ce nouveau projet très écolo s’avère plus pharaonique encore que le premier.

La villa Bettyzou atteint désormais 6.986 m2, soit six fois plus que la surface existante !

Le 12 mars, pourtant, à la veille du confinement, miracle : le préfet du Var donne son feu vert à la construction du palace. Il faut croire qu’en trois mois la zone « naturelle » s’est métamorphosée en zone urbanisée et très constructible…

Le préfet a-t-il légèrement déraillé ? « Pas du tout, s’indigne l’ancien cycliste joint par Le Canard ». On a juste remodelé les choses pour obtenir un avis favorable. Ce projet, je le porte avec du courage et de la passion… »

En guise de remodelage, le passionné Virenque a prévu de ne plus abattre d’arbres et d’enterrer son parking, ce qui explique l’explosion des surfaces à bâtir : deux étages de quelque 2.500 m2 au total doivent être creusés sous terre, notamment pour les bagnoles !

Autre modification : les extensions de la villa (deux ailes de 55 chambres avec vue sur la mer) seront dotées d’un « toit végétalisé ». Le centre de sensibilisation à l’environnement ne recule devant aucun sacrifice…

Mieux enrobé, ce bétonnage a suffi à éblouir le préfet du Var et la DDTM, laquelle explique au Palmipède qu’il s’agit d’« évolutions majeures ».

Le voisinage, lui, semble moins convaincu. Les recours contre le permis de construire commencent à pleuvoir.

Résultat : Virenque donne de grands coups de pédale aux enquiquineurs : depuis un mois, il emploie la manière forte en leur envoyant un huissier.

Ce dernier leur met sous le nez une « sommation interpellative » indiquant que, « s’ils entendent poursuivre dans leurs démarches pernicieuses du recours formé contre le projet », ils subiront les pires foudres judiciaires !

Charmante reconversion pour l’ex de la petite reine se prenant pour un roitelet, un habitué de la tricherie …


Christophe Nobili. Le Canard enchaîné. 08/07/2020