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[…] [Rappel] l’administration de la santé était toujours entre les mains de ceux qui, en 2009, s’étaient illustrés lors de la fameuse grippe H1N1.

Cette administration se pensait seule capable de prendre en charge une pandémie : elle pensait alors que les médecins généralistes n’avaient pas de frigo dans leurs cabinets et étaient bien incapables de faire 10 doses de vaccin avec un flacon de 10 ; il lui avait fallu imaginer ces désormais célèbres « vaccinodromes » qui avaient permis la vaccination d’à peine 6 millions de Français quand chaque année, dans leur cabinet, les médecins généralistes en vaccinaient le double !

Merveilleuse administration arrogante, maniaque de la procédure et de la protocolisation mais bien incapable de stocker le matériel de protection nécessaire aux professionnels de premier recours et incapable, malgré son pléthorique personnel, de récupérer auprès des entreprises le matériel nécessaire à la protection des soignants et encore plus incapable de l’acheminer vers eux.

Malgré cela, les médecins généralistes, les infirmières libérales, les auxiliaires de vie ont fait le travail en ville.

Plus de 4.700 médecins libéraux, principalement des médecins généralistes, ont été contaminés, 50 y ont laissé leur vie sans aucune reconnaissance de l’État à ce jour. Nous ne connaissons pas le nombre pour les infirmières ni pour les auxiliaires de vie.

Les cliniques privées ont fermé leurs blocs opératoires et les chirurgiens se sont transformés en brancardiers ; les anesthésistes-réanimateurs ont permis au système de tenir et pourtant tous ces libéraux ont été systématiquement oubliés dans les conférences de presse pourtant nombreuses et interminables de nos dirigeants à tous les niveaux.

Il a fallu protester pour que les anesthésistes-réanimateurs puissent avoir droit eux aussi à la prime jusque-là réservée aux hospitaliers, alors que par leur engagement aux côtés des hospitaliers ils ont permis au système de fonctionner. Par ailleurs, la compensation prévue pour les libéraux est tout simplement vécue comme une injure, n’atteignant que 30 % des pertes subies.

La colère, il y en a eu quand les libéraux ont vu arriver avec plus d’un mois de retard une maigre livraison de masques chirurgicaux alors que, le 18 février, avait été annoncé un kit de protection comportant charlotte, blouse, masque FFP2… En l’absence de masques pour les patients contaminés, ces masques chirurgicaux sont de véritables passoires car ils ne protègent que ceux qui n’en portent pas. Les 4.700 libéraux contaminés ne remercient pas Santé publique France, ni la DGS.

L’histoire avait pu laisser penser qu’on allait être capables de contenir l’épidémie.

La contamination du médecin de SOS à Châtenay-Malabry par l’interprète taïwanais montrait une collaboration internationale efficace et une réactivité de l’ARS qui avait contacté les 200 patients examinés par le médecin avant qu’on ne découvre sa contamination. Aucun n’avait été contaminé, et la gestion du foyer groupé des Contamines laissait espérer qu’on allait pouvoir contenir la maladie.

L’inquiétude est venue à partir du décès de cet enseignant dans l’Oise.

Il n’avait été diagnostiqué que lors de son arrivée en réanimation à la Pitié, mais outre le généraliste qui l’avait fait hospitaliser il avait largement eu le temps de contaminer un maximum de personnes au cours de ses séjours dans les hôpitaux de Compiègne puis d’Amiens, beaucoup d’habitants de l’Oise travaillant sur Paris ou l’Ile-de-France.

L’épidémie progressait en Italie et le rassemblement de Mulhouse, le match OL-Juventus, et le premier tour des élections municipales ont fait le reste.

On a pu constater l’engagement des hospitaliers et leur efficacité quand libérés de l’administration ils ont plus que doublé les lits de réanimation, aidés en cela par les cliniques privées.

L’hécatombe prévisible se produisait dans des EHPAD abandonnés eux aussi à leur triste sort, sans protection.

Pendant que chaque soir le Pr Salomon débitait les chiffres de la journée, persistant à vouloir annoncer un nombre de gens contaminés alors que nous manquions cruellement de tests, les médecins se disaient que le jour viendrait où médecins et personnel soignant lui demanderaient des comptes devant un tel désastre que son administration n’avait pas su anticiper. Beaucoup rêvaient de l’envoyer compter les pingouins aux Kerguelen !

  • Des comptes à rendre après un tel désastre

[…]

Le ministère doit valider la demande de tous les syndicats de médecins libéraux qui demandent un 116/117 libéral pour réguler les demandes de soins non programmés et leur apporter une prise en charge dans un délai adapté à leur pathologie. Les libéraux seraient alors en capacité d’absorber les 15 millions de passages qui n’ont rien à faire aux urgences, et les urgences pourraient alors se consacrer aux véritables urgences.

Seule une organisation de la médecine de ville permettra à l’hôpital de ne pas s’effondrer. Il faut donc enrayer la désertification qui s’étend sur toute la France. Il faut redonner de l’attractivité à la médecine libérale en permettant aux médecins d’avoir du personnel pour les décharger des tâches administratives et d’avoir des locaux corrects pour accueillir les patients.

Il faut revaloriser les honoraires qui sont parmi les plus faibles d’Europe et faire découvrir cette médecine libérale revalorisée aux internes pour qu’ils n’aient plus peur de s’installer. Il faut pour cela valoriser la maîtrise de stage et rendre incitatifs les stages éloignés de la faculté en logeant les internes et en majorant l’indemnité de stage. Ils découvriront alors une médecine de premier recours passionnante à exercer.

  • Enrayer la désertification mais aussi alléger le poids de cette administration incapable de s’organiser face à la pandémie

On a vu la réactivité et l’imagination des médecins au pouvoir face à un fléau inconnu. Il faut redonner le pouvoir aux médecins au sein de l’hôpital. Il faut resserrer les liens entre la ville et l’hôpital et enfin, devant l’hécatombe des EHPAD, réfléchir à une autre prise en charge de nos anciens. On a vu qu’avec le dévouement des auxiliaires de vie et des professionnels libéraux peu de personnes âgées étaient décédées à leur domicile.

Pourquoi ne pas développer des immeubles intergénérationnels comme il en existe aux Loges-en-Josas ou à Dijon. Des immeubles où les personnes âgées disposent de studio ou de 2-pièces, pour les vieux couples, qui cohabitent avec des auxiliaires maternelles qui prennent en charge une douzaine de bambins.

Cette pandémie historique doit être l’occasion de remettre notre système de santé en marche et d’améliorer sérieusement la prise en charge de nos anciens.

[…]


Dr Jean-Paul Hamon- La revue de la MTRL N°106 Juin 2020. Titre original : «La Covid-19, révélateur d’un système de santé ».