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Auteur de l’article : J.Y. Camus. Titre « les calculs foireux du Rassemblement national » paru dans Charlie Hebdo du 01/07/2020. Est raconté par le menu l’éviction de beaucoup d’édiles d’un certain de « bastions » du ex FN (devenu RN) … L’ultra sécuritaire, les frontières fermées et les français de souche ne font plus un programme de société …

Le Rassemblement national est très fier de la victoire emblématique au second tour de Louis Aliot à Perpignan, ville de 120.000 habitants.

Pourtant, les scores du RN aux municipales sont finalement en demi-teinte. Et ce même si dès le premier tour à Hénin-Beaumont (62), Beaucaire (30), Hayange (57), Le Pontet (84), Camaret-sur-Aigues (84), Fréjus (83), Villers-Cotterêts (02) et Béziers (34), les élus RN ont été reconduits assez facilement. Dans la poche du RN encore, ce dimanche 28 juin, quelques villes de 5.000 à 25.000 habitants : Moissac (82) avec Romain Lopez, l’ancien assistant parlementaire de Marion Maréchal, au terme d’une campagne focalisée sur l’insécurité et l’immigration des travailleurs agricoles, en majorité bulgares et roms ; Bruay-la-Buissière (62), gagnée par le député Ludovic Pajot ; et les villes vauclusiennes de Bédarrides, Mazan et Morières-lès-Avignon.

Cela ne doit pas faire oublier les pertes de villes conquises en 2014 : le secteur de Marseille détenu par Stéphane Ravier; Mantes-la-Ville (78) et Le Luc (83). La Ligue du Sud garde Orange (84), où Jacques Bompard est réélu avec 56 %, mais perd Bollène (84), administrée jusqu’ici par son épouse, Marie-Claude Bompard, battue par la gauche.

Surtout, au plan arithmétique, c’est la dégringolade en nombre d’élus municipaux. En 2014, le RN avait comptabilisé 1438 sièges dans 463 communes. En 2020, il n’en obtient que 840 dans 258 communes. Preuve, une fois de plus, que le parti n’est vraiment à l’aise qu’avec l’élection présidentielle et, dans une moindre mesure, avec les régionales, qui se déroulent au scrutin de liste et à la proportionnelle.

Il est toutefois évident que ces municipales ne sont pas totalement négatives pour le RN. En effet, le « front républicain» fonctionne de moins en moins (mais à Marles-les-Mines [62], où il n’existait pas, la gauche conserve la mairie) et la stratégie d’union des droites, de mieux en mieux, en tout cas en Provence : à Bédarrides, Morières-lès-Avignon et Mazan, l’élu était soutenu par le RN sans en être issu.

Contre-exemples : ni Carpentras (84) ni Cavaillon (84) ne sont tombées. Autre enseignement, sans mettre totalement leur drapeau dans leur poche, les élus RN, et pas seulement Louis Aliot, réussissent mieux lorsqu’ils conduisent des listes dont l’intitulé évoque l’intérêt local que lorsqu’ils mettent en avant l’idéologie et le nom du mouvement.

Le score du 28 juin est aussi l’échec d’une stratégie consistant à abaisser de 40 % le nombre de villes où des listes RN étaient présentes afin, selon la direction du parti, de mieux cibler ses efforts. Résultat : moins de conseillers municipaux et peu de conquêtes. Lesquelles, par ailleurs, se situent géographiquement plutôt dans le sud du pays, dans l’ex-zone d’implantation de Marion Maréchal. Précision finale : le taux d’abstention est tel qu’il ne permet en rien d’inférer du résultat de dimanche quoi que ce soit de solide pour les échéances à venir.

J.-Y. Camus