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Le « Ségur de la santé », c’est que de la com.

Si Macron avait voulu maintenir un vrai service public hospitalier, il aurait déjà pu prendre des mesures d’urgence : redonner la main aux soignants dans la gestion de l’hôpital, revaloriser immédiatement les salaires et les personnels. En réalité, le gouvernement ne veut plus d’un service public de l’hôpital, il trouve que cela coûte trop cher, il ne veut plus d’un système qui permet à la collectivité de payer des soins à ceux qui n’en ont pas les moyens. Alors, il met en place une privatisation qui ne dit pas son nom.

À nouveau consultée en plein confinement, la Caisse des dépôts a préconisé une nouvelle fois d’organiser des partenariats public-privé pour « sauver » l’hôpital.

On sait à quoi ça mène : ça finit toujours par ne bénéficier qu’à l’opérateur privé qui est entré dans le « partenariat ». On a vu ça à Marseille, à Saint-Nazaire ou encore au centre hospitalier Sud-Francilien (Essonne) : surcoûts aberrants, surfacturations, concurrence malsaine entre les services, le tout orchestré par un management violent, en contradiction avec la dynamique des équipes de soins. […]

Ce sera quoi, cet hôpital privatisé ?

C’est très simple : sur le modèle américain, si vous n’avez pas d’assurance médicale privée onéreuse, vous ne pourrez pas bénéficier de soins. C’est la ségrégation organisée. Les riches n’ont jamais eu très envie d’aller se faire soigner au même endroit que les pauvres ; dans le monde d’après, ils iront dans des cliniques privées 5 étoiles. Tandis que les classes moyennes devront un peu plus se saigner pour pouvoir se soigner et que les indigents retourneront dans des dispensaires pourris.

Dans le document qui ouvre le « Ségur », il n’y a même pas les mots « service public ». Le gouvernement est juste un peu embêté parce que, au plus fort de la crise sanitaire, le président a sanctifié les soignants, et promis un hôpital public «quoi qu’il en coûte ».

Cette folle parole présidentielle oblige maintenant les ministres à faire quelques pirouettes et surtout à gagner du temps.

Ils parient sur le pourrissement : ils savent bien que la population, qui, très angoissée pendant le confinement, applaudissait les soignants aux fenêtres, ne descendra pas dans la rue pour les soutenir et pour défendre un service public de la santé.

C’est juste dégueulasse de compter sur cette passivité.

Le mardi 16 juin, le Collectif inter-hôpitaux (qui propose des solutions pratiques pour «le meilleur soin au moindre coût pour la collectivité») a réussi une très forte et très belle mobilisation des soignants partout en France, soutenue par beaucoup d’usagers. Mais le gouvernement s’en fout, il est en train de faire passer sa conception néolibérale de la santé, et le Premier ministre dira avec satisfaction qu’il y a eu concertation, là où il n’y aura eu que réunions stériles.

Le « Ségur » est bel et bien une imposture. […]


YANN DIENER. Charlie hebdo. 27/06/2020