Remaniement : Philippe or not Philippe

Manifestement, Emmanuel Macron se plaît à laisser planer l’incertitude quant à l’avenir de son Premier ministre.

Il se donne moins d’un mois, a-t-il confié à ses nombreux consultants, pour décider s’il « en change ou pas ». Une façon pas innocente de rappeler qu’il reste le patron (c’est là où réside le plaisir), même si Philippe s’est détaché dans les sondages.

  • « Comment voyez-vous la suite et avec qui ?» s’est enquis le chef de l’Etat.

A vrai dire, très peu de ses conseillers osent se mouiller et proposer un nouveau Premier ministre. Dans leur très grande majorité, ses interlocuteurs préférés (« ministres historiques » de la campagne de 2017, communicants) font le même diagnostic : Philippe n’a pas démérité, il a une bonne image dans l’opinion et fait preuve d’un loyalisme peu habituel dans sa fonction. En conséquence de quoi ils ne préconisent pas son renvoi de Matignon, surtout en l’absence d’une grosse carrure capable de le remplacer.

Mais Macron est revenu à la charge en les interrogeant : « En continuant avec lui, peut-on espérer créer une dynamique de victoire dans deux ans ou faut-il un autre chef d’équipe ? »

  • Les réponses à ces questions ont été, en général, évasives.

« Je suis convaincu, leur a expliqué le locataire de l’Élysée, que, si je dois changer de Premier ministre, c’est maintenant qu’il faut le faire. En tout cas, la question ne reviendra pas. »

  • En clair, soit Edouard Philippe est viré en juillet, soit il est à Matignon, sauf accident, jusqu’à la fin du quinquennat.

A la surprise générale, même François Bayrou, qui ne porte pourtant pas le Premier ministre dans son coeur, s’est fait à l’idée que « Macron pourrait le garder »

D’autant qu’un argument massue plaide en faveur du statu quo, ainsi que l’expose un dirigeant de la majorité : « Macron est aujourd’hui loin de la ligne de crête, alors que Philippe est en pleine ascension. Certes, il a la possibilité de remonter la pente, mais il peut aussi rester collé dans une forme d’impopularité assez lourde. S’il se sépare aujourd’hui de son Premier ministre, il court le risque d’en faire un recours, comme jadis de Gaulle avec Pompidou, et de le retrouver sur son chemin en 2022. »

Vu comme ça, c’est Philippe qui semble le patron de Macron…


Article non signé, lu dans « le Canard enchaîné » du 17/06/2020.


5 réflexions sur “Remaniement : Philippe or not Philippe

  1. bernarddominik 22/06/2020 / 07:57

    Cette gouvernance bicéphale, avec un président qui ne devrait pas gouverner, mais en fait est un patron irresponsable d’une part devant le parlement d’autre part devant la justice, et un premier ministre sensé gouverner mais en réalité essayant de rendre applicables des décisions prises sans concertation par le président, est coûteuse et source de conflits et d’erreurs.
    Il faudrait supprimer l’un ou l’autre, et je pense que c’est cette présidence ultra protégée et royale qui est en trop.
    La campagne présidentielle coûte très cher au contribuable, a entraîné des dérives financières inacceptables, rendant le président corruptible et corrompu.

  2. jjbey 22/06/2020 / 09:48

    Question qui m’importe: Changement de système ou pas changement?

    Alors Philippe ou un autre qu’importe si c’est toujours la politique des tenants du fric qui est mise en œuvre.

  3. tatchou92 22/06/2020 / 15:39

    Le résultat de l’élection municipale du Havre sera scruté, commenté …
    Apportera-t-il un début de réponse ?
    Sans être politologue avérée, mais électrice motivée et attentive, il me semble que pendant ces derniers septennats, quinquennats, les gouvernements ont vraiment joué le rôle qui leur est dévolu par la Constitution, pendant les périodes de cohabitation, et notamment celle de 1997 à 2002…
    Alors, oui au changement de système.. . et avec introduction de la proportionnelle totale dans tous les scrutins législatifs, régionaux, cantonaux, municipaux.. et révision de la procédure pour les présidentielles, on a le temps avant 2022.
    Nous le valons bien.

    • bernarddominik 22/06/2020 / 20:32

      Certes la proportionelle intégrale paraît plus démocratique, mais elle livre le pays aux partis, et le rend ingouvernable. Je préfère élire un député de ma circonscriprion donc lié à un terroir, pour moi la solution c’est un sénat élu à la proportionelle mais n’ayant qu’un pouvoir de contrôle, remplaçant le conseil d’état, quant au conseil constitutionnel il doit être élu mais les candidats doivent avoir un doctorat en droit.

      • tatchou92 24/06/2020 / 00:42

        J’entends ce que vous dites, mais si on veut que les électeurs retrouvent le chemin des isoloirs, il faut qu’ils aient le sentiment que leurs voix comptent et qu’ils ne sont pas pris pour des gogos.. cela permettrait sans doute aussi, que les candidats partent des demandes de la population et cessent de promettre du vent. Cela contraindrait à la fois la majorité et l’opposition, c’est aussi la démocratie. Cordialement

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