Étiquettes

Selon le rapport annuel de la Commission nationale consultative des droits de l’homme, la lutte contre le racisme fait consensus. Mais elle n’empêche pas la persistance d’actes graves.

C’est à un patient décorticage des mécanismes du racisme que se livre chaque année la Commission nationale consultative des droits de l’homme. « Tel un virus, le racisme mute et chaque mutation le rend plus dangereux, note ainsi le rapport 2019, remis au premier ministre le jeudi 18 juin. Les vieux stéréotypes décrétant l’infériorité physique et morale des minorités ciblées font place à de pseudo-arguments culturels destinés à établir une incompatibilité entre les valeurs et les mœurs de certaines «races» avec la République. »

Globalement, depuis 1990, les Français semblent de plus en plus tolérants envers les minorités ethniques. Établi à partir des réponses à 69 séries de questions posées chaque année, l’« indice longitudinal de tolérance » se stabilise ainsi en 2019 à un niveau élevé (66).

En particulier, année après année, « la conception biologique du racisme est de plus en plus marginale dans l’opinion publique française », constate le rapport. Ainsi, seuls 6 % des Français estiment qu’« il y a des races supérieures à d’autres », le plus bas chiffre jamais enregistré. Désormais, 60 % des personnes interrogées ne se déclarent « pas racistes du tout », un niveau record là aussi, puisque le chiffre était de 28 % en 2000.Enfin, les discriminations sont très largement rejetées.

Par exemple 92 % des sondés estiment « grave » de « refuser l’embauche d’une personne noire qualifiée pour le poste ». Et 79 % jugent négativement une personne qui serait « contre le mariage d’un de ses enfants avec une personne noire ».

Actes racistes en hausse

Néanmoins, note le rapport, cette tolérance affichée est contredite par la persistance d’actes graves.

  • Fin 2019, les cimetières juifs d’Alsace ont été victimes d’une vague de profanations.
  • En juillet, un jeune enseignant guinéen, Mamoudou Barry, a été tué lors d’une agression à Rouen.
  • En mars, des rumeurs d’enlèvements d’enfants par des Roms se sont traduites par des expéditions punitives aboutissant à 37 agressions physiques.

D’après une enquête de l’Insee et de l’Ined, 1,1 million de personnes disent avoir été « victimes d’au moins une atteinte à caractère raciste, antisémite ou xénophobe » en 2019.

Selon des chiffres du Service central du renseignement territorial, les actes racistes sont en hausse de 27 % pour les actes antisémites (687 actes), de 54 % pour les actes anti-musulmans (154 actes) et de 130 % pour tous les autres actes racistes (1 142 actes). Mais seulement 6.603 affaires ont fait l’objet d’une transmission à la justice et 393 infractions ont été sanctionnées par des condamnations.Alors comment analyser ce hiatus entre une opinion globalement tolérante et la persistance de ces actes graves ?

Sans l’expliquer totalement, le rapport, qui met en évidence une moindre tolérance à la droite et l’extrême droite de l’échiquier politique, note plusieurs tendances qui peuvent composer un terreau favorable au rejet.

À commencer par « une légère progression des attitudes hostiles à l’immigration », et un rejet d’une société perçue comme multiculturelle, 49 % des sondés estimant qu’« aujourd’hui en France, on ne se sent plus chez soi comme avant » (+ 7 par rapport à 2018).

[…] … « sur les réseaux sociaux ou dans les stades, s’exprime un racisme anti-Noirs extrêmement cru, animalisant et violent. » 

En cause : des représentations, héritées du passé colonial, qui entretiennent « le mythe d’un manque de capacités intellectuelles compensé par un physique d’exception ».

[…]


Nathalie Birchem. La Croix. Titre original : « Le racisme en France : condamné par l’opinion, et pourtant répandu ». Source (extrait)