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Il n’a jamais fait l’unanimité. Tant dans son poste, exemplarité absente, charisme inexistant, même pas capable d’assumer ses conneries, ses revirements décisionnels, en fait un profiteur de copinage … ça n’a que trop duré, oust … la porte pour Castaner.

En louant, le 14 juin à la télé, les forces de l’ordre, qui méritent le « soutien de la puissance publique », Macron a rappelé qu’ils en avaient parfois manqué. De la part du ministre de l’Intérieur, peut-être ? C’est en tout cas l’avis du chef de l’Etat, qui, en privé, juge « pas à la hauteur » la gestion par Castaner de la colère des flics, accusés de commettre des violences policières et soupçonnés de racisme.

Mais l’Elysée n’a pas aidé. Le 7 juin, le Président demande à son ministre d’« accélérer» la « réflexion déontologique » entamée en janvier après plusieurs dérapages des forces de l’ordre pendant des manifestations. Oui chef, bien chef !

Justement, dès le lendemain, Castaner reçoit un rapport conjoint police-gendarmerie au sujet de Cédric Chouviat, ce livreur décédé en janvier à la suite d’un étranglement et d’un plaquage ventral policier.

Le rapport recommande clairement l’abandon de l’étranglement.

Au déjeuner, le même jour, le ministre prépare un discours (élaboré en comité très restreint : ni ses conseillers, ni le directeur général de la police, ni son homologue de la gendarmerie, ni la patronne de l’Inspection générale de la police nationale ne sont conviés).

Quelques heures plus tard, en conférence de presse, Castaner lâche sa fameuse formule sur les « soupçons avérés (sic) d’actes ou de propos racistes » censés permettre qu’une « suspension soit systématiquement envisagée ». Il précise avoir « adressé une instruction qui ne souffre d’aucune ambiguïté. La méthode de la prise par le cou, dite « de l’étranglement », sera abandonnée et ne sera plus enseignée dans les écoles de police et de gendarmerie. C’était une méthode qui comportait des dangers ». Le torticolis ?

Pour une fois, la réaction des syndicats est unanime.

Une « suspension » pour des « soupçons avérés », s’étouffent-ils, est tout simplement contraire au droit. Quant à la fin de la « prise par le cou », elle suscite des lamentations : « On l’utilise uniquement lorsqu’un individu refuse d’être interpellé. On la remplace par quoi ? »

 Bref, tempête Yves Lefebvre, secrétaire général de l’Unsa-Police : « Castaner nous a lâchés. »

Mais les syndicats ne sont pas les seuls à s’égosiller. Le 10 juin, Didier Lallement, le préfet de police de Paris, envoie ce courriel à ses troupes : « Dans cette période si particulière où les mises en cause de notre action sont permanentes et de plus en plus agressives, je veux vous dire qu’il ne faut pas douter (…). Pour ma part, je ne doute pas de vous. ».

Le 11 juin, Frédéric Veaux, directeur général de la police, rassure sa famille : « Face aux confusions et aux amalgames entretenus par une minorité, je partage avec vous le sentiment d’une profonde injustice. »

Le même jour, Castaner tente de calmer le jeu. Dans une bafouille aux syndicats, il précise que les suspensions en cas de soupçon de racisme nécessiteront « des éléments de preuve ». Puis il confirme la fin de la technique de l’étranglement… enfin, quasi. « Un groupe de travail » devra « déterminer les techniques » se substituant à la «prise de cou ». Mais encore ?« Cela ne remet pas en cause, dans les cas de confrontation physique avec des individus qui opposent une résistance, la possibilité de réaliser une prise arrière de façon à amener l’individu au sol. » Limpide, pour le coup !

Craignant d’être incompris (quelle idée ! le ministre ordonne ensuite au directeur central du Recrutement et de la Formation d’adresser une note technique (12/6) à ses troupes).

Résumé : étranglement, non, prise arrière, oui (cette dernière technique consistant à « apposer brièvement le méplat de l’avant-bras sur la trachée »).

Fin du feuilleton ?

Non ! Le 15 juin, Frédéric Veaux écrit à ses troupes que l’étranglement (qui ne sera « plus enseigné ») reste, jusqu’à nouvel ordre, autorisé s’il est pratiqué « avec mesure et discernement » (sic), et cela en attendant les « conclusions », avant le 1er septembre, du groupe de travail ad hoc.

Contrairement aux « individus » contrôlés, les chefs flics ne manquent pas de souffle…


Didier Hassoux et Christophe Labbé. Le Canard enchaîné. 17/06/2020


Et si le prochain ministre de l’intérieur était tout simplement Didier Lallement qui trépigne dans son coin… MC