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Renversées, tronquées ou aspergées de peinture.

  • Depuis qu’en Angleterre, ce 7 juin, une foule a fait tomber de son piédestal l’effigie d’un marchand négrier du XVIIe siècle, les statues portant un peu de cette histoire coloniale sont contestées comme jamais.
  • À Anvers, en Belgique, celle du roi Léopold II, qui avait conquis le Congo dans le sang, vient d’être retirée.
  • Aux États-Unis, des statues de Christophe Colomb ont été décapitées ou jetées à l’eau, au titre du génocide amérindien.
  • En France, le Conseil représentatif des associations noires demande le retrait d’un Colbert près de l’Assemblée nationale, car il fut rédacteur du Code noir, qui régissait la vie des esclaves. Faidherbe, colonisateur du Sénégal, est lui aussi sur la sellette.

Des statues ébranlées par l’immense vague de colère qu’a soulevée la mort de George Floyd, Américain noir tué par un policier blanc le 25 mai à Minneapolis.

Que cette indignation ne retombe pas, et continue de dénoncer le racisme de nos sociétés, on ne peut que s’en réjouir. Mais est- ce en déboulonnant de vieilles figures de pierre ou de bronze que la donne changera? Et jusqu’où ira le grand ménage?

Après tout, même Victor Hugo, citoyen progressiste, mais aussi homme du XIXe siècle, défendit la colonisation…

Bien sûr, par sa puissance, l’actuelle remise en cause des statues interroge. Elle est le signe d’une souffrance accumulée depuis des siècles, que le récit historique n’a jamais vraiment reconnue ni réparée. Il est plus que temps de l’entendre.

Bordeaux, qui fonda son essor sur la traite des esclaves, a choisi d’apposer dans ses rues qui portent le nom de négriers des plaques racontant l’Histoire et rendant hommage à ses victimes. Installer aujourd’hui de pareils panneaux mémoriels au pied des statues contestées aurait le mérite d’assumer le passé.

Plutôt que de tenter de l’effacer …


Valérie Lehoux. Télérama. 17/06/2020