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Le Covid : belle occasion pour les labos pharmaceutiques

Pour les labos, tout est bon pour faire du business, y compris pendant le confinement. Ça a été le cas par exemple de l’entreprise Biotech Dental, spécialisée dans les implants, prothèses dentaires et autres dispositifs d’orthodontie.

Alors que tous les dentistes étaient totalement à l’arrêt à cause des mesures sanitaires, ils se sont précipités pour éditer un « Guide de conseils », afin d’expliquer comment aseptiser son cabinet dentaire.

Normalement, ce type de conseils est élaboré par le conseil de l’ordre des chirurgiens-dentistes ou la Haute Autorité de santé (HAS). Ces organismes officiels étaient d’ailleurs en train de préparer leurs propres recommandations, mais Biotech leur a grillé la politesse. Avec tout de même cette précision : « Ces conseils ne constituent pas un protocole officiel et approuvé par les autorités sanitaires. »

Pourquoi un tel empressement à donner des conseils à la profession?

Vous me voyez venir : quelques jours après – hop! -, un deuxième mail, cette fois-ci, c’était pour vendre des produits Biotech (masques, visières, purificateurs d’air) à ces mêmes cabinets.

Et qui participe à la rédaction de ce document?

À la fin du dossier, on peut voir la liste des professionnels ayant contribué « bénévolement » à sa rédaction. Avec la mention « ces praticiens et contributeurs sont sans lien d’intérêts ».

Vraiment?

On a fait un tour sur la base de données publique Transparence Santé, qui permet de rechercher les liens d’intérêts entre industries de santé et praticiens, lancée en 2014 par Marisol Touraine.

Cette base répertorie les montants des rémunérations reçues par chaque praticien en tant que conférencier dans des congrès médicaux. On s’aperçoit alors que sur les 25 personnes citées ayant participé à l’élaboration du document, neuf ont des conflits d’intérêts, car ils ont déjà travaillé pour Biotech l’an passé. Et pas pour de petites sommes : un chirurgien-dentiste mentionné a ainsi gagné en 2018-2019 jusqu’à 44.800 euros avec des contrats de consultant ou d’intervenant lors d’une conférence pour la même entreprise ; un autre, plus de 30.000 euros.

De quoi se sentir un peu redevable auprès de Biotech.


Laure Daussy. Charlie hebdo. 10/06/2020