Étiquettes

, ,

Les attaques au marteau piqueur de Martin Bouygues contre la 5G ont laissé le gouvernement de marbre.

Dans un entretien au « Figaro » (6/6), Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Économie, persiste.

Décalées pour cause de coronavirus, les enchères lançant cette technologie, qui permettra la connexion d’objets et de services, seront bien organisées en septembre. Il faut dire que l’État compte faire rentrer dans ses caisses 2,17 milliards d’euros, au minimum…

Soutenu par SFR, le groupe Bouygues plaide pour un report des enchères à début 2021, afin, dit-il, de prendre le temps d’expliquer aux Français les enjeux de la 5G.

Quelle sollicitude !

En attendant, il propose de renforcer le réseau 4G déficient dans les zones blanches. Après un confinement où l’Internet s’est révélé vital, la proposition devrait être bien accueillie. Les pouvoirs publics, eux, la trouvent un peu téléphonée.

Mauvaises ondes

Car un plan consistant à accélérer la couverture des zones rurales a déjà été lancé en 2018. Plutôt que de payer le renouvellement de leurs licences 4G, les quatre opérateurs (Orange, SFR, Bouygues Telecom et Free Mobile) s’étaient engagés à installer 485 sites supplémentaires. Or Bouygues, comme la plupart de ses concurrents, est loin de ses objectifs…

Les préoccupations du milliardaire des télécoms sont (on l’aura compris, [pourquoi changer d’esprit et tactique ?]) essentiellement financières.

Bouygues attend avec anxiété la décision imminente de l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information d’accepter ou d’interdire les équipements Huawei pour la 5G.

Dans ce dernier cas, Bouygues Telecom devra reconstruire la moitié de son réseau 4G, outillé en matériel chinois, avant de pouvoir passer à la 5G !

Coût de l’opération : « 2 milliards d’euros, estime un expert du secteur, sans compter les pertes de clients mécontents de la mauvaise qualité du réseau durant les travaux ». Une friture dont Bouygues se passerait volontiers…

Au premier trimestre 2020, le chiffre d’affaires du bétonneur s’est effrité de 9 % par rapport à l’an dernier.

A cause du Covid, la construction, l’immobilier, les travaux routiers et même la télévision, faute de publicité sur TF1, ont plongé.

Seule la téléphonie semblait résister. Mais, entre le déploiement des antennes 4G, les investissements dans la fibre et les enchères 5G, la trésorerie de Bouygues (10 milliards d’euros) risque de fondre plus vite qu’un iceberg dans l’Antarctique.


Article signé des initiales O. B.-K. – Le Canard enchaîné. 10/06/2020