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Rachida Dati, dont la discrétion n’est pas la moindre des qualités, n’a pas hésité, le 4 juin [2020] sur BFM, à se prévaloir d’une grande proximité avec Macron.

« Nous avons beaucoup d’échanges, depuis longtemps a-t-elle déclaré. On parle politique, on parle de la France. Sur la campagne municipale, bien sûr qu’on en a parlé. On a parlé de politique. »

Du côté de l’Élysée, le son de cloche est tout autre. « Il est vrai que Dati a harcelé Macron de coups de fil, de textos ou de messages Telegram, raconte un proche du chef de l’Etat, mais il ne lui a jamais répondu. C’est Kohler (le secrétaire général de l’Élysée) qui s’en est chargé, en refusant de répondre favorablement à ses demandes d’alliance avec Buzyn. »

La même Dati, toujours le 4 juin [2020] sur BFM, a prétendu avoir eu « Agnès Buzyn très tard au téléphone » trois jours plus tôt « Elle souhaitait que je « sauve » (je reprends ses termes) Mme Bürkli et Mme Berthout (respectivement maires du IVe et du Ve arrondissement de Paris). Je vous le dis, elle ne peut pas le démentir. Je n’ai pas voulu. J’ai refusé. Elle me disait : « Si vous les sauvez, en contrepartie on retire des listes dans le XXe, le XIe, le XIIe et on fusionne dans certains endroits. » Elle ne peut pas le démentir, c’est la réalité.

Là encore, la version de Rachida Dati est démentie par Agnès Buzyn elle-même.

« Cette femme est folle, complètement folle, elle raconte n’importe quoi », s’est épanchée l’ancienne ministre de la Santé devant des proches.

« Elle a appelé Kohler, elle a appelé la terre entière. Moi, elle m’a appelée deux fois et j’ai eu de sa part des discours totalement incohérents. Elle a changé d’arrondissements entre les deux coups de fil : c’était un coup le XIIe, un coup le XIVe, un coup le XIIIe, un coup ceux du centre. C’était ubuesque. »

Et Buzyn d’ajouter : « La dernière fois que je l’ai eue au téléphone, le 1e juin à minuit, je n’ai même pas pu placer un mot. J’ai eu toute l’histoire de sa vie : sa mère, sa fille, Nicolas Sarkozy, ses liens avec Macron, Kohler et Simone Veil. Elle m’a dit : « Je serai absolument clean avec vous, vous n’aurez aucune attaque personnelle de ma part si vous faites ce que je vous demande. Dans ce cas je ne vous attaquerai pas. Mais, si vous ne le faites pas, vous allez voir… » »

La candidate macroniste a pu voir : « Le lendemain, comme j’ai refusé, elle m’a attaquée sur les malades du Covid. Elle a dit que je devrais rendre des comptes, et elle n’arrête pas, depuis. Je ne sais pas faire de la politique comme ça. »


Article non signé. Le Canard enchaîné. 10/06/2020