Étiquettes

Pendant plusieurs décennies, elle fut signe d’une certaine classe, d’opulence financière, d’une certaine réussite professionnelle. Sa démocratisation multipliera les nuisances atmosphériques.

Aujourd’hui l’automobile doit se réinventer, devenir moins polluante.

Ce sera une longue bataille contre les producteurs d’énergie fossile, les raffineurs, distributeurs n’ayant aucun intérêt à perdre cette manne mais plutôt à voir se prolonger le moteur à explosion telle qu’aujourd’hui distribué.

Pourtant le moteur à hydrogène non polluant existe depuis quelques décennies mais allant à l’encontre des intérêts des possesseurs d’énergie fossile, ces derniers ont réussi à dissuader les gouvernements et les gouvernants, d’imposer des solutions non polluantes. La voiture « électrique » au rayon d’action limitée et ses difficultés à recycler les batteries, n’est qu’un pis-aller temporaire d’une transition inéluctable entre les 2 techniques. Celle du passé : énergies, et celle d’avenir l’hydrogène.

Ainsi l’aide gouvernementale à acquérir de tels véhicules qui au demeurant ne résout pas la pollution atmosphérique et d’autre part la flotte de véhicules produits deviendra obsolète dans le temps. MC

L’automobile a-t-elle jamais été un moyen de transport?

Dans l’absolu, oui, puisqu’elle sert à se déplacer, et qu’en principe elle ne sert qu’à ça (même si certains sont aussi contraints d’y dormir). Mais pour ceux qui la conçoivent, la construisent, la vendent, en font la promotion, ainsi que pour une large part des millions d’individus qui l’utilisent chaque jour sur la planète, elle est tout autre chose.

Un fantasme, un symbole de puissance physique, sociale et, bien souvent, sexuelle, un rêve de vitesse, de luxe, de confort, d’autonomie, un marqueur d’identité, une extension de soi, une matérialisation en tôle et plastiques de l’ego…

Il en est même qui la transforment en boîte de nuit. Bref, elle peut être tout et n’importe quoi, sauf ce qu’elle est en réalité : un outil technologique, au départ assez rudimentaire, qui nous permet de relier un point A à un point B.

Politiquement, c’est encore une autre affaire : la voiture est une fin en soi. Car si, aujourd’hui, il paraît inconcevable d’imaginer un monde sans bagnole, si, pour beaucoup, il est difficile, voire impossible, de faire sans, c’est bien parce que des choix politiques et économiques ont été faits pour en arriver là.

Depuis le tout début des années 1950, le monde a été pensé, façonné et organisé autour de l’automobile, érigée en alpha et oméga du déplacement terrestre. Et pour que l’on accepte de vivre dans ce monde, mieux, pour que l’on n’en souhaite aucun autre, il a fallu nous le vendre.

À force de propagande, la voiture est devenue cet objet de désir ultime, aussi éloigné que possible de sa propre réalité (un tas de ferraille bruyant et polluant) et de son utilité pratique (aller de là à là). Le procédé a d’ailleurs si bien fait ses preuves qu’il a été reproduit à l’identique pour le téléphone portable, qui désormais sert à tout sauf à téléphoner (aux dernières nouvelles, il servirait même à lutter contre le Covid…)

Dans la publicité, pendant longtemps, la bagnole a d’abord été une affaire d’homme. De mâle alpha, plus précisément, accro aux sensations fortes, et à la capacité de « séduction » directement branchée sur les soupapes.

Quand une femme figurait sur les affiches ou dans les spots, c’était en général en guise de trophée. En 1993, encore, Audi proclamait « Il a la voiture, il aura la femme ».

Puis est arrivé ce foutu trou dans la couche d’ozone.

Le marketing, qui avait déjà franchi avec fougue l’obstacle des limitations de vitesse liberticides, s’est de nouveau adapté. Le macho bourrin suintant la testostérone s’est peu à peu mué en citoyen écoresponsable. De pot catalytique en diesel propre, de gadgets poudre aux yeux (système « stop and start », moteur « EcoBoost »…) en 4 x 4 vertueux pour retour à la nature, les bobards se sont teintés de vert.

Jusqu’à aujourd’hui, où, pour préparer l’avènement du moteur électrique, tout aussi écologiquement désastreux que la version à explosion, on nous explique le plus sérieusement du monde qu’acheter une voiture est le plus sûr moyen de protéger l’environnement…

Il est même des illuminés dangereux, tel Elon Musk, qui affirment qu’elle peut prendre toutes les décisions à notre place. Le stade terminal de la bagnole vue comme la projection de soi-même.

Tout cela devrait nous inciter à la réflexion.

Si l’on a mis tant d’énergie, et si l’on en met toujours plus, à nous convaincre que l’automobile est tout sauf un moyen de transport, c’est peut-être pour nous dissuader de nous poser la seule question pertinente à son sujet : est-elle un moyen de transport indispensable?

Certes, l’organisation contemporaine du monde industrialisé l’a rendue, trop souvent, nécessaire. Et il est plus facile de changer de bagnole que de changer de monde. Mais on n’est pas toujours obligé de choisir la facilité.


Gérard Biard : Charlie hebdo. 10/06/2020. Titre original : « Ce puant objet du désir ».