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Donald et Twitter, c’est une vieille histoire.

L’ancien promoteur use du réseau à l’oiseau blanc sur fond bleu comme d’un mégaphone. Depuis mars 2009, il gazouille comme une vieille pie et déverse son torrent de contrevérités, court-circuitant les médias qu’il abhorre. Cela lui vaut d’avoir plus de 81 millions d’abonnés, moins qu’Obama (118 millions).

Le locataire de la Maison-Blanche pensait qu’il avait l’impunité, ne se privant pas de flirter avec les tweets racistes, suprémacistes, conspirationnistes, tout ce qui peut flatter un certain électorat américain, le sien. Il avait bien raison, puisque la section 230 C de la loi américaine de 1996 sur la décence dans les communications exonère les plateformes de toute responsabilité vis-à-vis de ce qu’elles publient. Elles peuvent même retirer des contenus sans crainte d’être poursuivies en invoquant juste leur « bonne foi ».

Trump en profitait gentiment, jusqu’à ce que Twitter décide de renforcer ses méthodes de fact-cheking (« vérification des faits ») avant la présidentielle de novembre. Trop de désinformation peut nuire à la démocratie. Trop de conneries peut aussi se révéler dangereux pour la santé, quand d’aucuns racontent que boire de l’eau de Javel prémunit contre le Covid-19. Et le tout peut nuire à la crédibilité du réseau et à ses bénéfices.

Twitter soudain plus responsable, Trump s’est vu rattrapé par la patrouille quand il a tweeté, le 26 mai, que le vote par correspondance était forcément « frauduleux ».N’écoutant que son courage, l’oiseau blanc a ajouté au gazouillis présidentiel une mention « Vérifiez les faits ». Que n’avait-il écrit là ?

Donald a aussitôt crié à la censure et a signé, deux jours plus tard, un décret visant à limiter la protection dont bénéficient les réseaux quand ils laissent dire n’importe quoi. Il n’est pas sûr que la procédure aboutisse, mais « Le Canard », pour une fois, est d’accord avec Trump : il est bon que les plateformes soient responsables, au même titre que les journaux, radios ou télés, de ce qu’elles publient. Et qu’elles aient à rendre des comptes à la justice, quand elles diffusent des incitations au terrorisme ou à la haine raciale.

Que Twitter ose s’en prendre aux puissants qui abusent des contrevérités, fussent-ils présidents de la République, c’est aussi un bon début de responsabilisation par l’exemple. A la différence de Facebook, qui ne veut pas se fâcher avec la Maison-Blanche et se tient coi, Twitter ne s’est pas laissé impressionner par la riposte présidentielle.

Le 29 mai, le réseau a épinglé un autre tweet de Trump, qui, à propos des affrontements à Minneapolis, écrivait : « Au moindre problème, quand les pillages démarrent, les tirs commencent. »Il reprenait une expression utilisée en 1967 par le chef de la police de Miami pour menacer Les « voyous » qui manifestaient pour les droits civiques.

Trump a prétendu un peu plus tard ne pas connaître la référence.

La preuve que l’ignorance et le racisme vont toujours de pair…


Article signé des initiales J.-M. Th. – Le Canard enchaîné. 03/06/2020