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Sous une apparente fermeté à l’égard des policiers soupçonnés de racisme, le ministre chercherait à rassurer ses troupes.

Selon « Le Point », Castaner a usé d’une drôle de formule qui a mit immédiatement le feu aux poudre dans les services de polices.

La formule a fait bondir juristes et lexicographes, plongeant les plus indulgents dans un abîme de perplexité. Partisan d’une « tolérance zéro contre le racisme » dans la police, Christophe Castaner a donné des instructions pour qu’une « suspension (administrative) soit systématiquement envisagée pour chaque soupçon avéré d’actes ou propos racistes ».

« Soupçon avéré »… Que diable le ministre de l’Intérieur a-t-il voulu mettre derrière cet oxymore ? Littré assimile le soupçon à « une opinion désavantageuse » empreinte d’un « certain doute ». 


Selon Lola Ruscio, titre original : « Violences policières. Manifs, rapports… le gouvernement contraint d’agir ». Source (extrait)

Le ministre de l’Intérieur a enfin livré le résultat des travaux de ses services « pour améliorer la déontologie des policiers et des gendarmes », entrepris en… janvier. Lors d’une conférence de presse, lundi, Christophe Castaner a notamment annoncé l’interdiction de certains gestes d’interpellation, dont l’étranglement. Il a ensuite évoqué « une réforme des inspections » et demandé qu’une « suspension soit systématiquement envisagée pour chaque soupçon avéré d’acte ou de propos raciste ». Il faut dire qu’en pleine vague de manifestation, le timing l’a contraint à sortir d’un silence seulement rompu jusque-là par les dénégations. Alors que le débat public se cristallise autour des violences policières, le rapport annuel du Défenseur des droits, publié lundi, remet au premier plan la question épineuse de la déontologie des forces de sécurité. C’est dans ce domaine que l’autorité administrative indépendante a été le plus sollicitée, l’an dernier : + 29 %, avec 1 957 réclamations.

« Faire évoluer les cultures » pour « changer les pratiques »

Mais le gouvernement n’a eu de cesse de regarder ailleurs, déplore le document. « Depuis le début de son mandat, le Défenseur des droits a demandé l’engagement de poursuites disciplinaires dans 36 dossiers. Or, aucune de ses demandes, pourtant rares et circonstanciées au regard du nombre de dossiers traités sur la même période (3.987 réclamations, soit 1 %), n’a été suivie d’effet. » De son côté, Claudine Angeli-Troccaz, adjointe du Défenseur des droits en charge de la déontologie de la sécurité, estime que, « dans un souci de bon fonctionnement des institutions démocratiques, il est désormais indispensable de ne pas limiter les problématiques de sécurité à une logique comptable de moyens ou à des enjeux de confrontation et d’escalade, pour placer la déontologie au centre des débats de sécurité et tout mettre en œuvre pour faire évoluer les cultures professionnelles, condition préalable à un changement des pratiques ».

Les recommandations du Défenseur des droits seront-elles suivies par le gouvernement au-delà des déclarations du ministre de l’Intérieur ? Une chose est sûre, celui-ci est attendu au tournant. D’autant plus que son déni des violences policières s’effondre à la lecture du rapport annuel de l’Inspection générale de la police nationale (IGPN). Sur la seule année 2019, les brutalités policières ont explosé : 868 enquêtes judiciaires portent sur des « violences volontaires » commises par des policiers, soit un bond de 41,8 % de plus qu’en 2018. « C’est un effet gilets jaunes et un effet de saisines plus importantes des parquets », a mesuré Brigitte Jullien, la directrice de l’IGPN. […]


Pour Dominique Sopo, interviewé par Le Parisien. Titre original : « Violences policières : les annonces de Castaner « pas à la hauteur », juge Dominique Sopo ». Source (extrait)

  • Question : Comment réagissez-vous aux annonces faites par Christophe Castaner ?

Dominique Sopo. Je pense que la tolérance zéro vis-à-vis du racisme, comme M. Castaner l’appelle de ses vœux, ne peut pas être simplement de la proclamation. Il faut déjà qu’il y ait une reconnaissance du phénomène du racisme au sein des forces de l’ordre. On connaît la réalité de la pratique du contrôle au faciès, on a vu fleurir récemment des comptes Facebook avec dessus des milliers de fonctionnaires, où sont postés des messages racistes, il y a des témoignages de policiers qui disent en être victimes, au sein même de la police.

On a laissé cette situation dériver pendant des années et ça finit par gangrener tout un corps. Christophe Castaner refuse de dire l’ampleur du phénomène, et ce faisant, ça ne permet pas de prendre les mesures nécessaires.

  • Rien ne va dans le bon sens ?

Si, par exemple, la fin de la technique d’étranglement lors des interpellations est une bonne chose. Mais pour le reste, c’est très flou, et ce n’est pas à la hauteur de l’enjeu. On a l’impression que M. Castaner a dû réagir dans la précipitation. On est sur une réponse qui n’est pas très pensée, pas aboutie et qui essaie de ménager la susceptibilité d’un corps de fonctionnaire. Ce n’est pas à la hauteur de la situation.

  • Comment reconstruire cette police de la confiance qu’il appelle pourtant de ses vœux ?

Il y a une problématique de corporatisme qui fait que la parole ne peut pas circuler librement pour dénoncer les faits de racisme dans l’institution policière. Il faut des réformes : mettre des personnels qui ne soient pas du ministère de l’intérieur dans les commissariats, comme il faut ouvrir les corps d’inspections de la police à des regards extérieurs.