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« Sachons sortir des sentiers battus, des idéologies et sachons nous réinventer, moi le premier. » Le 13 avril 2020, Emmanuel Macron a lâché cette phrase qui nourrit depuis toutes les spéculations

  • Changera-t-il de Premier ministre ?
  • Transfèrera-t-il la capitale dans le Grand Est ?
  • Décalera-t-il l’été en novembre ?

Cette déclaration aussi mystérieuse que grandiloquente produit une fébrilité et une inquiétude dont l’exécutif n’avait pas besoin à l’heure où les masques tombent : la crise économique est là ! Le risque est grand de semer encore des illusions qui seront déçues.

Frédéric Bastiat (1801-1850), un ardent penseur politique et économiste libéral du XIXe siècle, ignoré dans notre pays, qui fut aussi député des Landes, l’a bien dit : « En France, l’État est placé dans « un cercle vicieux manifeste » : s’il refuse le bien qu’on exige de lui, il est accusé d’impuissance, de mauvais vouloir, d’incapacité. S’il essaie de le réaliser, il est réduit à frapper le peuple de taxes redoublées, à faire plus de mal que de bien, et à s’attirer, par un autre bout, la désaffection générale. »

Cet écart abyssal entre les promesses impossibles étatiques et les espérances irréalisables a produit nos révolutions.

[…] Quand un président prétend faire le bien, réparer, protéger, soigner… il faut s’attendre à de nouvelles normes et à de futures taxes. Cela implique aussi une administration nouvelle. Si Emmanuel Macron veut « débureaucratiser » le pays, comme il le laisse entendre (sans indiquer le moindre début de piste), il doit oser s’affranchir de la technostructure dont il est issu, mais aussi rompre avec sa tentation permanente de vouloir jouer au Père Noël.

Frédéric Bastiat évoquait la « bizarre illusion » des Français qui les porte à « tout attendre d’une autre énergie que la leur ».

Depuis son élection, Emmanuel Macron n’a cessé de vouloir personnifier cette énergie. Face à la pandémie, le président a pu observer que le système D mis en place par les Français, le circuit court et l’initiative locale étaient souvent plus efficaces que les grandes manœuvres du mammouth étatique.

Bastiat le notait en son temps : « La puissance de perfectibilité qui est en elle étant dégagée de toute compression réglementaire, la société serait dans les meilleures conditions pour le développement de sa richesse, de son instruction et de sa moralité. »

Or, le déconfinement accouche de réglementations que Courteline lui-même n’aurait pu imaginer. Il faudra des bataillons de bureaucrates pour les rendre hors d’usage, car eux seuls en maîtrisent la complexité.

Dans une profession de foi électorale de 1846, Frédéric Bastiat, encore lui, définissait ainsi sa mission de député : « contenir le pouvoir dans ses limites et maintenir, dans toute son intégrité et aussi vaste que possible, le domaine de la liberté et de l’activité privée »… Depuis 1846, ce programme attend toujours d’être appliqué en France.

 […]

Selon Bastiat, […] qui fut aussi l’un des premiers critiques du colonialisme, pensait que l’État ne devrait être autre chose que la « force commune instituée ». Pour cela, il doit « faire régner la justice et la sécurité ». Cette « force commune instituée » est menacée aujourd’hui par tous ceux qui veulent importer en France la lutte des identités et le communautarisme américain. […]


Sébastien Le Fol. Le Point. Titre original : « Il faut débureaucratiser Macron ». Source (extrait) https://www.lepoint.fr/postillon/sebastien-le-fol-il-faut-debureaucratiser-macron-08-06-2020-2378896_3961.php