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Pendant la polémique du racisme policier, les faux échanges Virginie Despentes-Éric Zemmour, ou encore le positionnement étrange de Castaner ouvrant aux remontrances du groupe LR, Éric Ciotti, Christian Jacob en tête ou encore le RN de Marine, se passe de évènements très inquiétants … qui pourtant ne sont pas relayés dans les JT ni la presse quotidienne. MC

 […] Sous l’appellation « Zouaves Paris », des militants d’extrême droite, héritiers du GUD (Groupe Union Défense), multiplient les violences en plein Paris. Dernière en date : l’agression dans le métro d’un jeune homme vêtu d’un T-shirt « Justice pour Adama », slogan du comité de soutien à Adama Traoré.

Le groupe a diffusé, le 8 juin, via une chaîne de la messagerie Telegram, bien connue de l’extrême droite militante, une courte vidéo de l’attaque, qui a eu lieu à la station Franklin D. Roosevelt, à Paris. Le message l’accompagnant se félicite que l’« antifa », « reconnu grâce à son pull du Comité Adama », se soit « écroul[é] » « devant sa meuf »,après avoir reçu une « droite » du « Zouave », qui l’a poursuivi dans le métro.

https://www.youtube.com/embed/Is9N8HG-B7M Quatre jours plus tôt, c’est Le Saint-Sauveur, un bar du XXe arrondissement de Paris, que le même groupe a ciblé. Ni le lieu visé, ni la date n’étaient dus au hasard. Implanté dans le quartier populaire de Ménilmontant, le Saint-Sauveur est un haut lieu du milieu antifasciste de la capitale. Milieu qui s’apprêtait à commémorer, le 5 juin, le septième anniversaire de la mort de Clément Méric, jeune militant antifasciste tué par des skinheads d’extrême droite en 2013.

Une vidéo publiée sur Twitter montre une quinzaine d’hommes avancer au pas de course en direction du bar. D’après les témoignages recueillis par Médiapart, ils s’en prennent alors indifféremment aux clients, renversent une partie de la terrasse, brisent quelques vitres, et s’emparent de T-shirts mis en vente avant de prendre la fuite.

À Médiapart, Zelda, qui travaillait ce soir-là au Saint-Sauveur, raconte : « Tout le quartier leur est tombé dessus. Quand ils ont compris ce qu’il se passait, les jeunes de la Banane [le quartier voisin – ndlr] sont venus nous aider. » La descente semble en effet avoir viré à la débandade. Plusieurs vidéos que nous avons pu consulter montrent la fuite désorganisée des assaillants et le passage à tabac de l’un d’entre eux. Celui-ci a par la suite été pris en charge par les secours.

Une heure plus tard, une revendication est diffusée sur Telegram. Signé par les « Zouaves Paris », le communiqué indique : « Une quinzaine de Zouaves présents pour attaquer le Saint Sauveur, QG des antifas. Violente charge des Zouaves armés de manches de pioches. Les antifas (une trentaine) refluent en désordre, abandonnant la terrasse pour se réfugier à l’intérieur du bar. […] Une quinzaine de rebeus de cité viennent alors prêter main-forte aux antifas en chargeant les fafs dans leur dos. Contre-charge des Zouaves, à moitié esquivée par les rebeus. Les Zouaves quittent le quartier avec l’arrivée de la police. »

Le communiqué est accompagné d’une photo montrant treize militants, visages floutés, prenant fièrement la pose avec deux T-shirts volés […]. Le propriétaire du bar a quant à lui refusé de porter plainte. « Ce n’est pas la politique de la maison », explique-t-il à Médiapart.

Qui sont les militants se cachant derrière ce label « Zouaves Paris » ?

Médiapart a enquêté sur le groupe d’assaillants et ses connexions ultra-radicales.

En mai 2017, le GUD, célèbre groupe de l’extrême droite militante post-1968, se métamorphose en « Bastion social » […]. L’objectif ? Sortir de la marginalité politique en alliant bataille culturelle et action sociale. Ses militants tentent de soigner leur image grâce à un vernis social, avec le but affiché de « venir en aide aux plus démunis »,tout en appliquant la « préférence nationale » et en critiquant « l’immigration de masse ».

Si le centre névralgique du Bastion social se trouve à Lyon, le mouvement, qui s’inspire des néofascistes italiens de CasaPound, se décline rapidement à travers la France (Chambéry, Strasbourg, Aix-en-Provence, Clermont-Ferrand, Marseille). À Paris en revanche, le basculement du GUD au Bastion social échoue. D’une part, parce que le GUD a éclaté en plusieurs sous-tendances dans la capitale. D’autre part, parce que ses militants restent attachés au label « GUD », à son histoire tumultueuse et ses actions violentes.

C’est de cet éclatement que sont nés, en 2018, les Zouaves Paris, un groupe informel composé d’éléments radicaux issus du GUD parisien, et, dans une moindre mesure, d’identitaires et de royalistes de l’Action française. Le groupuscule entend maintenir la tradition du coup de poing.

Les Zouaves Paris se font notamment remarquer lors des premiers actes du mouvement des gilets jaunes, comme Mediapart l’a raconté. Le 1er décembre 2018, ils participent ainsi aux affrontements sur les Champs-Élysées aux côtés d’autres militants d’extrême droite, parmi lesquels leurs camarades du Bastion social. Six militants sont arrêtés, l’un est incarcéré et d’autres soumis à un contrôle judiciaire. Le 9 janvier 2019, ils sont condamnés à des peines d’emprisonnement allant de trois mois ferme à six mois avec sursis pour « entente en vue de commettre des violences ou des dégradations ».

Le 26 janvier 2019, les Zouaves Paris revendiquent une violente attaque contre des militants du NPA, toujours dans le cadre d’une manifestation des gilets jaunes. On peut également leur imputer l’agression de supporters brandissant des drapeaux algériens lors de la Coupe du monde de football en 2018, celle d’un étudiant à l’université de Nanterre, en novembre 2019, ou encore celle d’un journaliste de France Inter en marge d’un défilé de « La Manif pour tous », en janvier dernier.

Si les Zouaves Paris n’ont pas de hiérarchie claire, l’un de leurs militants est considéré comme le meneur : Marc de Cacqueray-Valménier, 21 ans, présent sur les réseaux sociaux sous le pseudonyme de « Marc Hassin ». Le jeune homme a participé à de multiples actions, notamment l’attaque du Saint-Sauveur, ou les violences sur les Champs-Élysées, ce qui lui a valu une condamnation en janvier 2019. 

Marc de Cacqueray est issu d’une vieille famille aristocratique et catholique traditionaliste où l’on compte prêtres et militaires. Son père est un ancien de l’Action française ; son oncle fut une figure du mouvement Civitas ; son cousin a milité dans les rangs de la Manif pour tous et fut tête de liste du Rassemblement National (RN) aux municipales de mars, au Mans.

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Sébastien Bourdon et Marine Turchi. Médiapart. Titre Original : « Un groupe héritier du GUD multiplie les attaques en plein Paris ». Source (Court Extrait)