L’enquête pour corruption sur l’attribution de la prochaine coupe du monde de football, en 2022 au Qatar, s’oriente de plus en plus vers les liens d’intérêts personnels de Nicolas Sarkozy, selon plusieurs documents inédits recueillis ces derniers mois par Médiapart.

Au cœur du dossier depuis le début, l’ancien président de la République n’a pas été inquiété à ce stade par la justice dans cette affaire, contrairement à d’autres (les dossiers « Bismuth », Bygmalion ou Kadhafi) pour lesquelles il est soit mis en examen, soit sera prochainement jugé par un tribunal correctionnel. 

Le dossier Qatar 2022 n’a été confié qu’en décembre dernier à deux juges d’instruction parisiens, Marc Sommerer et Bénédicte de Perthuis, lorsque le Parquet national financier (PNF) a décidé de l’ouverture d’une information judiciaire, après trois années d’enquête préliminaire.

Outre Michel Platini, ancien homme fort du football européen et ex-vice président de la Fifa, deux anciens subordonnés de Nicolas Sarkozy (son secrétaire général à l’Élysée, Claude Guéant, et sa conseillère « sports », Sophie Dion) ont déjà été entendus comme suspects par l’office anticorruption de la police judiciaire (OCLCIFF), que ce soit sous le statut de la garde à vue ou celui de l’audition libre.

Les investigations commencent désormais à converger vers Nicolas Sarkozy lui-même. Et pour cause : dans la foulée de son départ de l’Élysée en 2012, l’ancien président a personnellement bénéficié dans ses affaires privées du soutien de l’État du Qatar.

Redevenu avocat, Nicolas Sarkozy a aussi décroché des contrats avec deux grands patrons français, eux-même soupçonnés d’avoir profité de la mobilisation de la présidence française en faveur de l’attribution du Mondial à Doha.

Il appartient à la justice de vérifier si ces libéralités pourraient constituer pour Nicolas Sarkozy une récompense directe ou indirecte de son activisme en 2010, alors qu’il était président de la République, afin que le Qatar décroche, contre toute attente, l’organisation de la Coupe du monde de football.

Des notes de l’Élysée, dont le contenu a été révélé par Médiapart, ont d’ores et déjà montré l’intense lobbying de Nicolas Sarkozy pour que le Qatar obtienne un soutien de poids en la personne de Michel Platini, patron de l’UEFA et vice-président de la Fifa, alors que ce dernier était « réticent » à une telle candidature.

Ces documents indiquent que l’ancienne star du football français se serait laissé convaincre au cours d’un déjeuner crucial, organisé à l’Élysée en novembre 2010, avec l’actuel émir du Qatar, neuf jours seulement avant le vote de la Fifa.

Or, sitôt parti de l’Élysée après sa défaite à l’élection présidentielle de 2012, Nicolas Sarkozy a fait prospérer ses propres affaires grâce au… Qatar.

Selon nos informations, la justice s’intéresse à la promesse de financement à hauteur de 200 millions d’euros signée, en décembre 2012, par le fonds souverain Qatar Investment Authority (QIA) en faveur d’un fonds d’investissement, baptisé Columbia, que Nicolas Sarkozy a voulu créer avec l’homme d’affaires français Stéphane Courbit.

D’autres documents confidentiels que Médiapart a pu consulter (et qui ne figurent pas dans la procédure judiciaire) offrent désormais des pistes supplémentaires.

 Ceux-ci montrent que Nicolas Sarkozy a aussi été rémunéré comme avocat, après son départ de l’Élysée, par deux des bénéficiaires présumés de l’accord qui aurait été scellé entre les autorités françaises et qataries lors du fameux déjeuner élyséen de novembre 2010.

Le premier est Sébastien Bazin, ancien dirigeant du fonds Colony, qui avait vendu le club du PSG au fonds souverain QSI (c’est-à-dire à l’État du Qatar) en mai 2011, six mois après le vote de la Fifa sur l’attribution du Mondial. Vieil ami de Nicolas Sarkozy, Sébastien Bazin a ensuite, lorsqu’il est devenu patron du groupe hôtelier Accor, en février 2014, confié des missions au cabinet d’avocats Claude & Sarkozy. Nicolas Sarkozy était personnellement « responsable » du dossier Accor au sein du cabinet, selon des documents internes consultés par Médiapart.

On retrouve le même schéma avec Arnaud Lagardère. Il a lui aussi embauché MSarkozy dès octobre 2012 dans le cadre d’une consultation juridique en lien avec un autre fonds souverain du richissime émirat gazier, Qatar Investment Authority (QIA), six mois après que ce dernier fut devenu le premier actionnaire du groupe Lagardère.


Yann Philippin et Antton Rouget. Médiapart. Titre original : « Mondial 2022 au Qatar : les intérêts personnels de Sarkozy au cœur de l’enquête ». Source (Très court extrait)


N’oublions pas l’affaire de la Libye et de quelques financements occultes …. Dire qu’il a été président … MC