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La pandémie à stopper bon nombre de tournages, tels que the Last Duel (Ridley Scott), The Batman (Robert Pattinson), Matrix 4 (Lana Wachowsky) ou encore Mission impossible 7, pour les plus grosses productions …

Mais la pandémie a aussi de grosses conséquences sur la distribution des films, alors que les salles de cinéma ont l’interdiction de recevoir des spectateurs. Ainsi la sortie de nombreux films est retardée dont un James Bond : Mourir peut attendre, entre autres…

Le capitalisme ayant horreur du vide, surtout sur un bilan comptable, Hollywood s’est adapté avec célérité aux nouveaux besoins des spectateurs confinés. Dès le 16 mars, Universal propose, via les plateformes de VOD (vidéo à la demande), la location de trois films sortis en salles début mars. Pour 20 dollars l’unité (18,50 €), The Hunt, Emma et The Invisible Man sont à vous pendant quarante-huit heures. Un tarif prohibitif pour de la VOD, mais le prix moyen d’une place de cinéma avoisinant les 11 € aux États-Unis, l’économie reste intéressante pour une famille.

Disney a suivi le mouvement en proposant la location d’En avant, le dernier Pixar, dont les bénéfices ont été sacrifiés sur l’autel du Covid-19. Les premiers grincements se font entendre quand Universal, encore lui, envoie balader la chronologie des médias, qui impose d’ordinaire trois mois d’exclusivité aux exploitants de salles.

À situation d’exception, mesures d’exception : le week-end de Pâques, date prévue pour la sortie sur grand écran, le studio propose aux internautes le film d’animation Les Trolls 2: tournée mondiale. Succès immédiat. Universal plastronne.

Verte de rage, AMC, la plus grande chaîne de salles de cinémas outre-Atlantique, signe une tribune assassine et menace, une fois le confinement levé, de ne plus jamais proposer de films Universal sur les onze mille écrans de son millier de multiplexes.

La crise sanitaire n’a pourtant fait qu’accélérer une tendance déjà en place dans l’industrie hollywoodienne. « On se dirigeait vers un système où ne sortiraient en salles que les blockbusters et les films d’auteur de prestige qui concourent à des prix [Oscar, Palme d’or…, ndlr], analyse Didier Allouch, correspondant de Canal+ à Los Angeles. Ce qui allait prendre cinq ans sera peut-être effectif dès l’automne. »

Devant l’incertitude du marché et l’hypothétique réouverture des salles de cinéma, certains producteurs préfèrent négocier des accords avec Netflix ou Prime Video (Amazon) pour sortir leurs films dès maintenant et amortir les frais. L’académie des Oscars leur a donné raison en assouplissant dès la mi-avril son règlement. Jusqu’à présent, pour participer à la compétition, les films produits par les plateformes devaient avoir bénéficié d’une exploitation en salles de sept jours consécutifs, dans l’année précédant la cérémonie. Ce qui expliquait les sorties « techniques », dans un ou deux cinémas d’art et d’essai de New York ou de Los Angeles (de The Irishman et de Marriage Story, les derniers films de Martin Scorsese et de Noah Baumbach, produits par Netflix). Pour ne pas se retrouver sans candidat en lice, voire contrainte d’annuler sa cérémonie de février 2021, l’académie accepte (mais uniquement en 2021, promis, juré) tous les films issus des plateformes, sans contrainte de sortie salles. Hormis les réalisateurs fétichistes du grand écran, qui s’en plaindra ? Certainement pas les studios, qui économiseront les dispendieuses campagnes de promotion d’avant Oscars à destination des votants, qui auront découvert les films sur leur ordinateur, comme tout le monde. […]

Les salles, toujours fermées, devraient rouvrir à partir du 12 juin [aux USA], en fonction des États et de l’audace, ou de l’inconscience, de chaque gouverneur. […]

Pour permettre au public de se familiariser avec ces salles post-Covid, on a aussi parlé d’une quinzaine de jours de cinéma en accès libre (mais avec pop-corn toujours à 10 dollars) avant l’ouverture payante, début juillet. Concernant la reprise des tournages, le flou est encore plus artistique. […]

Tous les scénarios, y compris les plus farfelus, sont à l’étude.

Une bonne nouvelle dans cet océan d’incertitudes, de banqueroutes et de gestes barrières ? Reclus de longs mois au bord de leur piscine, les producteurs ont enfin pris le temps de lire les scénarios empilés sur leurs bureaux. « Certains sont épatants», a-t-on pu lire dans la presse spécialisée. […]


Jérémy Couston. Télérama – 03/06/2020. Titre original : « réveil difficile pour l’industrie du rêve » source (extrait)