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On a rarement l’occasion de s’amuser avec la prostitution.

Alors, quand les patrons de bordels et autres proxénètes légaux d’outre-Rhin nous offrent un monument de comique involontaire, il serait vraiment dommage de passer à côté. La chose se présente sous la forme d’un document que l’« Association pour les services sexuels et érotiques » a fait circuler au Bundestag, dans le but de faire barrage à l’initiative de 16 députés qui proposent une loi d’abolition de la prostitution, sur les modèles suédois et français, et demandent que les « Éros centers », fermés pour cause de confinement, ne rouvrent pas leurs portes.

Intitulé « Concepts d’hygiène pour les services érotiques en regard de la prévention du Covid-19 », ce texte entend édicter une série d’obligations sanitaires que les prostituées et leurs clients seraient tenus d’observer.

Ces mesures, détaillées sur pas moins de 12 pages, sont censées s’appliquer à la prostitution en bordel, à l’hôtel, à domicile, en appartement, dans une caravane ou dans la rue.

Pour les préliminaires..

  • Tout d’abord, « les clients avec des symptômes d’infection respiratoire ou de la fièvre sont exclus du service, à moins qu’ils ne fournissent un certificat médical prouvant qu’ils ne sont pas porteurs du Covid-19 ». Un certificat médical pour aller au bordel, même Bigard n’y a pas pensé…
  • Ceux qui ne toussent pas devront quand même laisser leurs coordonnées, qui seront « enregistrées et conservées pendant quatre semaines », cela afin de « pouvoir tracer les chaînes d’infection ».

C’est madame qui sera contente d’apprendre comment monsieur s’est enrhumé…

  • Lavage des mains avant-après au gel hydroalcoolique – avec deux flacons différents un pour la prostituée et un pour « Le client » « et port du masque – qui ne devra pas être retiré durant toute la séance – obligatoires ».

Pour les « SERVICES ».

Il requiert une certaine discipline, et beaucoup de concentration :

  • pas plus de deux personnes en même temps, pas de sexe oral – ben oui, à cause du masque -, pas de rapport «face à face», Le maintien d’une distance «d’au moins 1 m entre la tête des deux personnes», et, si on fait ça dans un jacuzzi, «le masque ne devra pas être mouillé».

Une fois l’affaire terminée :

  • il faut tout désinfecter, changer les draps et les serviettes, les laver à 60 °C
  • ne pas oublier les « vêtements fétichistes » que le client a éventuellement portés
  • aérer la pièce.
  • et recommencer entre 10 et 20 fois par jour.

« SERVICES » à l' »extérieur ».

La dernière directive, à l’intention des prostituées qui « exercent » dans la rue, ne fait pas mentir la règle :

  • « Si le service a lieu dans le véhicule, demander au client d’aérer le véhicule pendant au moins dix minutes.» Bien.

Revenons dans la réalité et la crédibilité.

Cette énième tentative, grotesque, destinée à nous faire croire que la prostitution est un « métier » comme un autre et que les proxénètes sont des entrepreneurs responsables, a au moins une qualité.

Elle rappelle une évidence : Le monde que les lobbyistes du système prostitutionnel essayent de nous vendre, où des « travailleuses du sexe » s’ébattent en toute liberté dans un film de Walt Disney, avec des clients princes charmants et des petits oiseaux qui transportent des préservatifs dans leur bec, n’existe pas.

L’univers de la prostitution est sordide, structurellement violent, le plus souvent criminel, fondé sur un rapport de force économique et sexuel que des hommes exercent sur des femmes.

L’affubler d’un masque et Le badigeonner de désinfectant ne le rendra pas plus tolérable et ce même si pour certaines « clientèles », la prostitution est de l’ordre de service sanitaire public.


Gérard Biard. Charlie hebdo. 03/06/2020