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Dans le quartier des Larris à Fontenay-sous-Bois (Val-de-Marne), seuls les plus jeunes ont participé à la manifestation contre les violences policières organisée en soutien à la famille d’Adama Traoré, mort en 2016 après son interpellation par des gendarmes du Val-d’Oise.

L’événement a réuni plus de 20.000 personnes, mardi 2 juin à Paris. « On est de tout cœur avec ceux qui se sont déplacés, mais quand on prend de l’âge, on n’y va pas, on sait que c’est le risque de prendre un tir de flash-ball pour rien, lâche Mickaël, 29 ans. Je suis père de famille maintenant. »

Ce métis très clair de peau estime avoir « la chance d’être très rarement contrôlé. C’est sans doute dû à ma couleur et mes yeux bleus. Car on voit comment ça se passe avec les vidéos de bavures comme à Neuilly-sur-Marne (Seine-Saint-Denis) ». Son frère cadet, Yohann, est « plus foncé, lui, et il est parfois contrôlé deux fois dans la même journée, on sait que c’est au faciès », soupire leur mère. […] « Une fois, j’étais garé devant la mosquée, quand les policiers ont vu la croix qui pend à mon rétroviseur, ils m’ont laissé tranquille en me disant que j’étais un bon catholique. »

« Il faut que l’Etat reconnaisse que quelque chose ne va pas » Pour Philippe Rio, maire (PCF) de Grigny (Essonne), le racisme est plus présent qu’avant dans la société et les forces de l’ordre. […] …quand Eric Zemmour dit à la télé que Grigny n’est pas la France, ça insuffle le poison du racisme, juge le maire.

« Pour pacifier la société et poser le débat, il faut déjà que l’Etat ou les institutions fassent un pas en avant, et reconnaissent que quelque chose ne va pas. On est forcément plus contrôlé par la police quand on est de couleur. Et ce déterminisme professionnel pose problème. » Bakary Soukouna, responsable de l’association Nuage, à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), était mardi soir à la manifestation devant le palais de justice de Paris.

« Les violences ou les contrôles au faciès, ce n’est pas nouveau, j’en ai subi et vu, quand j’avais 16 ans. Aujourd’hui, lorsque tu es jeune, entre 13 et 22 ans, et que tu viens d’une cité, tu es contrôlé quotidiennement », abonde le trentenaire.

Son association travaille d’ailleurs à un « outil » pour former les jeunes sur la façon de se comporter durant un contrôle. « On a le sentiment que les policiers profitent du fait que les jeunes connaissent mal leurs droits et devoirs. Il faut donc faire de la pédagogie, expliquer, par exemple, qu’on peut demander pourquoi on est contrôlé, et que le matricule du policier doit être visible. » «Une personne blanche a plus de chance de s’en sortir»

Cette manifestation n’était d’ailleurs pas que l’affaire des quartiers populaires. « Moi je suis blond et je ne me sens pas directement concerné par les violences policières, je ne les subis pas, je ne me suis jamais fait contrôler, mais je trouvais de mon devoir d’aller les soutenir », explique Joseph, 17 ans, admis à Sciences-po pour la rentrée 2020 et militant pour le climat. Il vit dans le Vexin, à une demi-heure de la famille d’Adama Traoré. « Il faut que notre société soit plus juste, or on sait bien qu’entre une personne noire et une blanche, la blanche a plus de chance de s’en sortir ».

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« Cette manifestation, […]  pourrait-être un moment charnière », selon de nombreux responsables politiques comme Olivier Léonhardt (DVG) qui a interpellé le gouvernement ce mercredi au Sénat: « Pouvez-vous me dire quelles nouvelles actions sont envisagées pour lutter contre les problèmes de violences et de racisme au sein de la Police nationale ? » « La violence n’a pas sa place en démocratie, c’est vrai, assénait ce mercredi matin le député (ex-LREM) Aurélien Taché en réponse à un tweet du ministre de l’Intérieur. Ni dans la police républicaine et quand elle se manifeste, elle ne peut rester impunie. Fin du plaquage ventral, caméras piétons, indépendance de l’IGPN…des réponses fortes sont indispensable à la cohésion du pays. 


Florian Loisy, Gwenaël Bourdon et Carole Sterlé. Le Parisien. Titre original : « « On est forcément plus contrôlé quand on est de couleur » : le ras-le-bol des habitants et des élus ». Source (extrait)