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Avant même sa naissance, par décret publié le 29 novembre 2019 au « Journal officiel », l’établissement public chargé de la conservation et de la restauration de la cathédrale avait été rebaptisé, façon militaire, « task force Notre-Dame » par le général Georgelin.

[…]

Le 22 janvier 2020, sous le feu des questions de la commission de la Culture, de l’Education et de la Communication du Sénat, le duo de galonnés, qui mène à la baguette artisans, scientifiques et artistes chargées de ressusciter Notre-Dame, a tenu à rappeler, avec aplomb, que leur établissement travaillait bien « sous la tutelle » du ministère de la Culture…

Amusante précision, quand on sait qu’il a justement vocation à le court-circuiter joyeusement. […}

[…] la feuille de route est à rallonge : conduire l’ensemble des travaux des 40 entreprises mobilisées, réaliser toutes les opérations foncières et immobilières nécessaires au chantier, mettre en valeur des savoir-faire artisanaux, aménager les abords immédiats de la cathédrale…

Bref, c’est toute la maîtrise d’ouvrage, ordinairement confiée au Centre des monuments nationaux ou à l’Opérateur du patrimoine et des projets immobiliers de la culture (Oppic), qui est déléguée par l’Etat au « machin de Georgelin », doté de 5 millions d’euros pour 2020. Pour accomplir toutes ces « missions de combat », le grand chef veut recruter 40 salariés (il en dispose d’une vingtaine à ce jour) « triés sur le volet », c’est-à-dire priés d’être au garde-à-vous. Choquant ?

Les députés se sont fait tirer la manche pour donner le feu vert à ce dispositif dérivé, […] « On sera moins emmerdés par les validations et les papelards, et on gagnera du temps. » Habituellement, pour acheter le moindre sac de mortier, il faut en passer par un double devis et par la mise en concurrence réglementaire des fournisseurs, prévue par la procédure des marchés publics.

La petite structure de l’établissement a des avantages certains. Elle sera bien pratique pour gérer et tracer les 920 millions d’euros de dons (au 1er janvier 2020), a priori plus sûre pour garantir l’étanchéité de ce trésor de guerre (stop aux fuites dans les comptes de l’Etat !) et plus souple pour rechercher de nouveaux partenaires financiers.

Alléluia ? Pas tout à fait.

Car, avec ce bel outil, accélérateur de procédures formaté pour rendre jouable le pari présidentieldes « cinq ans », il sera aussi plus facile de profiter des dérogations prévues par l’article 9 de la loi, qui permettent de contourner les règles d’urbanisme, de protection de l’environnement, de voirie, de droit de la commande publique ou de la domanialité…

Une déréglementation rampante quoique parfaitement légale, dictée par l’impatience élyséenne. Malgré quelques barrières mises en place par le Parlement, elle fait redouter aux experts du ministère de la Culture « un effondrement du vieil édifice législatif » protégeant le patrimoine français.

[…]


Extraits des « Dossiers du Canard Enchainé » N°155 – Mai 2020