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NOTRE -DAME a commencé par lui voler la vedette et lui coûter très cher.

Quand la cathédrale s’embrase, le 15 avril 2019, Emmanuel Macron doit annuler in extremis son one-man-show télévisuels préparé depuis des semaines et programmé à 20 heures. Adieu, bilan du grand débat « pour tourner la page de la séquence gilets jaunes » ! Adieu, lancement de l’« acte II du quinquennat » ! Conçu pour « faire blast » avant la conférence de presse présidentielle, ce plan com’ rutilant est carbonisé en même temps que la flèche de la cathédrale.

Changement de braquet : il faut s’adapter, et c’est rapide.

Arrivé sur les lieux dès 20 h 30 et impressionné par l’émotion populaire, Macron veut parler. A chaud. Les secours l’en dissuadent : rien n’est acquis, « tout va se jouer » dans les deux heures, et, à l’aube, la cathédrale pourrait n’être plus qu’un tas de pierres fumantes…

Pas le moment de se précipiter pour faire une déclaration. Mais le chef de l’Etat n’oublie pas les caméras, bien en place pour immortaliser le moment où il va lui-même donner son feu vert à une opération de la dernière chance, très risquée pour les hommes qui vont la mener mais décisive.

Après avoir assumé cette « responsabilité historique », dixit ses hagiographes, Macron s’en va. Et revient à 23 heures pour annoncer en personne que la cathédrale est sauvée, avant d’aller inspecter la voûte crevée et de saluer les héros du jour, ces pompiers qui ont pris tous les risques au nom de la nation : « C’est pour vous que je suis là. »

La dramaturgie du moment est trop belle pour ne pas en profiter.

Avec les portails en arrière-plan (cadrage parfait), le Président déclame : « Nous rebâtirons Notre-Dame, parce que c’est ce que les Français attendent. Parce que c’est ce que notre histoire mérite. Parce que c’est notre destin profond. »

Le lendemain soir, en direct de l’Elysée, devant 14,4 millions de téléspectateurs, « Jupiter », mâchoire serrée et masque funèbre de circonstance, conclut son allocution à un « peuple bâtisseur » par un serment qu’il rêve d’inscrire dans l’histoire de France.

Non seulement on va la reconstruire, cette cathédrale, mais « plus belle encore ». Et Macron passe alors à la première personne : « Je veux que ce soit achevé d’ici à cinq années. Nous le pouvons. »

[…] Il s’agit bien de « retrouver le fil de notre projet national. Un projet humain. Un projet passionnément français ». Plus rien ne peut arrêter l’ex-amateur de théâtre dans son illumination, qui frôle le prêche télévangéliste : « Comme si être à la tête d’un pays n’était qu’administrer des choses et ne pas être conscient de notre histoire, du temps, des femmes et des hommes ! Je crois très profondément qu’il nous revient de pouvoir changer cette catastrophe en occasion de devenir tous ensemble – en ayant profondément réfléchi sur ce que nous avons été et sur ce que nous avons à être – meilleurs que ce que nous sommes. » Amen.

[…]


Extraits des « Dossiers du Canard Enchainé » N°155 – Mai 2020