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A quelques mètres du parvis, les salariés de la Préfecture ont juste à montrer leur carte professionnelle pour franchir le barrage. Il faut attendre deux jours avant que des analyses soient effectuées dans les étages, et quatre pour obtenir les résultats.

Crèche et restaurant administratifs restent fermés durant plusieurs semaines, le temps de décontaminer les sites en profondeur. Dans la caserne Cité, face à la cathédrale, seul le quatrième étage semble contaminé : le soir du drame, certaines fenêtres sont restées ouvertes.

Dans les écoles, les enfants jouent dans la cour. Le principe de précaution, connais pas !

Le premier communiqué de la Préfecture de police et de l’agence régionale de santé (ARS), invitant les riverains à nettoyer leur logement « à l’aide de lingettes humides » et à consulter leur médecin, date du 27 avril [2019], soit deux semaines après l’incendie.

Le 6 mai [2019], une réunion se tient discrètement dans les locaux de l’ARS avec la Préfecture de police. Le taux de plomb explose tous les scores, avec des pointes impressionnantes à 1.300.000 micro-grammes par mètre carré en certains endroits du parvis de Notre-Dame, là où les données, un an auparavant, indiquaient la présence de 256 microgrammes. De quoi affoler la population, si elle était informée…

Mieux vaut ne pas trop en dire, décident les autorités.

Sur le chantier, la « discrétion » est encore plus grande : ouvriers et artisans sécurisent l’édifice sans se soucier de respecter le moindre protocole. Il faudra l’intervention du préfet Michel Cadot, le 25 juillet [2019], soit plus de trois mois après l’incendie, pour que le chantier soit stoppé. Plusieurs semaines seront nécessaires pour le mettre en conformité.

Et les écoles ? Deux centres de loisirs ferment « préventivement », le 25 juillet [2019], sur ordre du préfet. Les établissements scolaires, qui ont accueilli les élèves jusqu’aux grandes vacances, sont enfin nettoyés.

A la rentrée, les parents commencent à s’inquiéter. Ils font dépister leurs enfants et découvrent, pour certains, que leur taux de plomb dans le sang est à la limite du seuil d’alerte, alors que leur environnement quotidien s’avère sain, selon les tests.

Dans certaines écoles, on demande des comptes à l’ARS, qui décide de transmettre un premier décompte des analyses enregistrées.

Les résultats sont moins alarmants que les relevés effectués dans l’espace public : 89,7 % des enfants testés affichent une plombémie inférieure à 25 microgrammes par litre de sang, 8,9 % se situent au niveau du seuil de vigilance, compris entre 25 et 49, et seulement 1,4 % dépassent les 50 microgrammes, seuil à partir duquel un suivi spécifique est mis en place pour éviter le saturnisme.

En conclusion, il y a beaucoup de plomb à l’extérieur mais peu dans les organismes. La crise sanitaire est évitée.

En attendant, le parvis de Notre-Dame est toujours contaminé, bien que plusieurs méthodes de décapage aient été employées. Il vient d’être décidé de le recouvrir intégralement d’une couche de résine transparente, pour isoler le plomb une bonne fois pour toutes.


Extraits des « Dossiers du Canard Enchainé » N°155 – Mai 2020