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L’incendie n’est pas encore maîtrisé, cette nuit du 15 au 16 avril 2019, que les flics sont déjà sur des charbons ardents. Le procureur de Paris vient d’ouvrir une enquête et de la confier à la brigade criminelle.

Le choix de la crim s’est imposé au parquet car cette unité a l’habitude de travailler sur des sites carbonisés et d’y faire parler le moindre indice.

Cette désignation attise pourtant les fantasmes les plus farfelus sur un supposé acte terroriste. Tout cela sur le mode : « Si c’est la brigade criminelle, c’est que c’est un crime, donc il y a un incendiaire ! » Imparable…

Dommage pour les complotistes : les poulets acquièrent rapidement la certitude que le sinistre est d’origine accidentelle.

Et pour cause : l’analyse des débris de la toiture montre qu’ils ne comportent aucune trace d’hydrocarbure ou d’accélérateur de flammes. De plus, les images des caméras qui surveillaient tous les accès de Notre-Dame n’ont montré aucune tentative d’intrusion ce jour-là.

En revanche, les policiers font des découvertes édifiantes qui prouvent que de graves négligences ont été commises sur le chantier (sans compter les innombrables dysfonctionnements du système de sécurité).

La piste de la cigarette mal éteinte est la première qui se présente à eux. […]

Informé de ce bavardage, le patron de la société proteste aussitôt dans les médias et jure que pas un seul de ses « compagnons » n’a allumé le moindre clope sur les toits de la cathédrale.

Pas de bol : quelques jours plus tard, les flics commencent à explorer les parties basses de l’échafaudage et y récupèrent pas moins de sept mégots. L’analyse ADN confirme qu’ils appartenaient bien aux ouvriers monteurs.

Le scénario de la cigarette est pourtant bien fragile : des échafaudagistes se trouvaient certes dans les combles de la cathédrale une heure et demie avant le déclenchement de l’alerte au feu, mais il est improbable qu’ils aient pu en griller une, vu qu’ils portaient tous un masque respiratoire et une combinaison étanche (pour éviter les poussières de plomb). […]

Une deuxième piste semble plus sérieuse : celle du court-circuit. […] … la charpente de Notre-Dame était truffée de câbles sous tension, malgré le veto émis (et maintenu depuis plus d’un siècle) par les architectes des Monuments historiques, qui ne voulaient pas courir le moindre risque.

Fin avril, les enquêteurs apprennent avec stupéfaction que les employés d’Europe Echafaudage avaient installé sans autorisation un boîtier électrique dans les combles, pour éviter d’avoir à descendre plusieurs étages pour recharger les batteries de leurs outils !

Le responsable du bureau de contrôle Socotec, chargé du chantier de Notre-Dame, a confessé aux policiers qu’il n’avait jamais été informé de la présence de cette armoire de branchement, et que celle-ci n’avait donc fait l’objet d’aucune vérification. Pour couronner le tout, cette installation électrique sauvage est restée sous tension après le départ des ouvriers le soir de l’incendie.

Les échafaudagistes étaient pourtant persuadés d’avoir coupé le courant en actionnant, comme tous les jours, le disjoncteur général du chantier, situé 10 mètres plus bas.

Mais la brigade criminelle (qui a pu ausculter ce disjoncteur, rescapé des flammes) s’est aperçue qu’une erreur de montage avait rendu impossible la mise hors tension du boîtier clandestin !

Les indices semblent sérieux, mais les magistrats et la maison poulaga se heurtent à un obstacle : comment démontrer que ce bricolage illégal est bienla cause du brasier, puisque les fils ont fondu et le boîtier suspect avec ?

[…] … troisième piste […] d’autres câbles ont été installés dans la charpente, pour permettre à des cloches auxiliaires de sonner durant les offices (les grands bourdons des tours de la cathédrale sont équipés d’un système autonome qui ne passe pas par la toiture).

[…]

Pour leur défense, les bons pères certifient que l’installation était bien entretenue. Ce n’est pourtant pas ce que suggère une vidéo tournée en 2015, qui montre le carillon et ses fils électriques sous une épaisse poussière et au milieu de vieux chiffons. Les soupçons sont renforcés par le récit de plusieurs paroissiens qui ont vu, juste avant l’évacuation de Notre-Dame, les premières cendres voleter depuis la clé de voûte abritant ces cloches…

[…]

Les enquêteurs, surtout, n’excluent pas que plusieurs négligences aient pu se cumuler. […]


Suite a venir …


Extraits des « dossiers du Canard Enchainé » N°155 – Mai 2020