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Mardi sur FR2 sera diffusée  « Féminicides ». Oui nous sommes conscients que le thème de l’émission n’est pas facile, que sortant du travail on a envie de se changer les idées, pourtant il est nécessaire que de tels reportages soient diffusés. Ils montrent à tout à chacun qu’il ne faut pas hésiter à assurer la protection des personnes maltraitées.

À certain moment il ne faut pas se cacher la face, dire que cela n’est pas nos affaires, dire qu’ils se débrouillent entre eux, qu’il n’est pas question d’avoir des ennuis, etc. enfin plein de faux arguments pour laisser faire … et si cela arrivait à la fin de vos enfants… !  MC

« DANS LES FÉMINICIDES, ON A AFFAIRE À DES CRIMES D’ANÉANTISSEMENT »

En 2018,121 femmes ont été tuées par leur compagnon. La journaliste Lorraine de Foucher a enquêté sur les rouages de ces meurtres à partir de cinq cas précis. Et dénonce un « système » largement ignoré. Un documentaire éclairant sur France

Durant un an, la journaliste Lorraine de Foucher a analysé en profondeur, avec une dizaine de ses confrères du Monde, les cent vingt et un meurtres de femmes commis par leur conjoint en 2018 en France.

De ce travail minutieux, elle a tiré un documentaire remarquable, diffusé lors d’une soirée spéciale sur France 2 qui revient sur cinq affaires emblématiques. […]

La cellule d’investigation

« Mon intérêt pour ce sujet est né en 2017 de la lecture d’articles de Titiou Lecoq dans Libération, qui avait commencé à répertorier les féminicides. […] J’ai réalisé un premier sujet pour Envoyé spécial, puis, au Monde, nous avons eu l’idée d’une investigation collective. […] »

Un recensement difficile

« Le comptage des féminicides permet de les rendre visibles. En Espagne, chaque fois qu’une femme meurt, son histoire est systématiquement racontée, sa photo publiée. En France, il n’y a pas de comptage officiel – […] »

Tuée parce que femme

« Une phrase revient souvent quand on parle de féminicides: « Une femme meurt parce qu’elle est femme. » Mais les gens ont du mal à comprendre ce que cela veut dire. […]

Une affaire d’hommes

« En France, on parle de « violences conjugales », de « violences faites aux femmes », alors qu’en Espagne on emploie le terme de « violences machistes ». Tant qu’on continuera à considérer que ces crimes sont uniquement un problème de femmes, on ne s’en sortira pas. L’histoire d’Ana Galajyan est éclairante à ce sujet. Cette mère de deux enfants, victime de violences, a été hébergée d’urgence dans un hôtel et accueillie dans un foyer près de Nîmes. Puis elle a bénéficié d’une formation, a repassé son permis et s’est acheté une petite voiture. Elle a incarné un message d’espoir qui montrait qu’il est possible de sortir des violences. Mais trois mois plus tard, elle a été abattue par son ex-mari, qui s’est ensuite suicidé. En fait, aucune enquête n’avait été ouverte sur cet homme qui continuait à la harceler, illustration des failles béantes du traitement de ces violences en France. Le véritable enjeu est de s’occuper des agresseurs. Au Canada, il existe des stages pour hommes violents. On les aide à réfléchir sur leur domination, on mesure leur dangerosité. Bref, on ne laisse pas ces « grenades dégoupillées » dans la nature.»

Au temps du confinement

« Dès le début du confinement, les statistiques ont montré que les plaintes baissaient. Dans la ville de Clichy (92), où j’ai enquêté, elles ont chuté de 20 %. Les policiers expliquent cela par le fait que les femmes ne pouvaient plus avoir accès à leur « tissu social », c’est-à-dire leurs amies, leurs mères, qui les encouragent à agir quand la violence « va trop loin ». En revanche, les policiers se sont plus déplacés à domicile, les voisins n’hésitant plus à les appeler quand ils entendent des cris. Il y a eu également plus d’appels au 39 19 [ligne nationale d’écoute destinée aux victimes de violences conjugales, ndlr]. Le nombre de féminicides, lui, est resté stable, voire a un peu baissé. C’est souvent l’intention de séparation au sein d’un couple qui déclenche le passage à l’acte. Or, en plein confinement, une femme ne peut pas quitter son conjoint. »

Une responsabilité collective

« On commence à détacher le féminicide du « crime passionnel » pour l’appréhender comme un « fait de société ». Il y a vraiment un seuil de tolérance qui recule. Mais la société entière doit mener un travail de réflexion sur les violences intrafamiliales, qui ne sont pas seulement le fait de monstres, à l’image d’Émile Louis ou de Marc Dutroux, mais aussi de personnes comme on en connaît tous. En ce sens, nous portons une responsabilité collective. Ces affaires interrogent notre vision de l’amour, du couple et notre rapport à la possession. »


Emmanuelle Skyvington – Télérama (Extrait d’article) – 27/05/2020


Féminicides, mardi à 21h 05 sur France 2. Suivi d’un débat .


Juste une dernière précision, même si les cas sont plus rare : l’homminicide existe aussi … hélas MC