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Le 15 avril 2019 vers 19 heures, alors qu’il s’apprête à diffuser un message aux Français pour tenter de mettre fin au mouvement des gilets jaunes, les conseillers du Président le tirent de ses réflexions sur la crise sociale : « Il y a le feu à Notre-Dame ! »


En allumant la télévision sur une chaîne d’information, Emmanuel Macron se saisit aussitôt de cette tragédie.

Pour une fois qu’il peut invoquer l’unité nationale autrement qu’après un attentat ou devant les cercueils de soldats morts en opération, il ne va pas s’en priver.

Avant de se transformer en architecte, sur le mode : « Cette cathédrale, nous la reconstruirons », il célèbre l’héroïsme des pompiers. En tant que chef des armées, il est leur « patron » (à Paris, les pompiers sont des militaires). Le récit de « sa » nuit vaut le détour : « Il m’est arrivé de suivre minute par minute certaines opérations militaires. Mais, cette nuit-là, je suis sur le champ de bataille. Pendant que les pompiers avancent et luttent contre le feu, je dois créer les conditions de la confiance, ne pas être prisonnier de l’émotion. » Six mois après l’incendie, il est encore tout ému du rôle qu’il a joué et se confie longuement, sans faire dans la demi-mesure, dans un livre à la gloire des soldats du feu publié chez Grasset. [Siouplait Veuillez verser une larme a ce moment … MC]

Pour un peu, on croirait qu’il éteint lui-même les flammes, casque sur la tête.

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Une fois l’incendie éteint, le pompier en chef de la République exige, contre l’avis des policiers chargés de sa sécurité, de pénétrer dans la cathédrale avec Brigitte et accompagné du commandant de la BSPP, du cardinal Aupetit, d’Anne Hidalgo et de quelques ministres. Lorsqu’il croise un pompier fourbu et recouvert de suie, il s’arrête pour lui donner une petite tape amicale sur l’épaule : « Je suis fier de ces visages fatigués qui sortent de la cathédrale. La France est fière de ses très jeunes militaires, des gamins presque. Ils ne triomphent pas. Ils ne se rendent pas compte de ce qu’ils ont offert à leur pays. A cet instant, je suis ému par leur humilité, leur noblesse. Être à la tête d’un État, c’est réagir. C’est montrer qu’une nation peut faire des choses incroyables, avec une énergie décuplée, même lorsque les éléments se déchaînent contre ce qu’elle possède de plus précieux. »

Trois jours après l’incendie, tout heureux d’avoir sauvé Notre-Dame, le président convie les « héros » (les vrais) à l’Élysée. Il fait les choses en grand : les salons de la Présidence sont ouverts à près de 250 pompiers, officiers comme simples porte-lances. Ceux-ci défilent au pas dans la cour d’honneur sans avoir à déposer leur pièce d’identité à l’entrée du 55 rue du Faubourg-Saint-Honoré (c’est une exigence du général Gallet, qui tenait à entrer à l’Élysée avec l’ensemble de ses hommes, en un bloc). Au grand dam des policiers et des gardes républicains chargés de la sécurité présidentielle, qui ont demandé jusqu’à la dernière minute que chaque convive, même en uniforme, passe le portique de sécurité et soit identifié.

Dans son discours, Emmanuel Macron remercie les soldats du feu pour leur courage, expliquant qu’ils sont l’« exemple de ce que nous devons être » : « Vous incarnez la solidité du pays. Vous êtes l’expression de ce que notre pays peut produire de meilleur ».


Extraits des « dossiers du Canard Enchainé » N°155 – Mai 2020


[Ça s’appelle être opportuniste et faire de la récupération à grande échelle, quoi de mieux pour faire remonter la cote de popularité de Jupiter ? MC]