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La finance dans le monde, celle qui règle le libéralisme est en débandade dans les bourses mondiales. Comment va réagir le monde de la finance ?

Le paravent qu’essaient de mettre en place Merkel et Macron pour retrouver une assise financière à l’Europe appartient au jonglage et aux bonnes volontés des 27 États Européens. Il faudra veiller sur les conséquences d’un tel accord (si il se fait) sur l’ensemble des populations. Voir le § 5 de l’entrefilet des Échos… MC

Florilège journalistique :

Pour Laurent Joffrin dans Libération.

[…] … l’Europe officialise son début de révolution. Révolution lente, progressive, tortueuse même, comme tout ce qui est européen. Mais révolution néanmoins, sortie de l’angoisse des gouvernants devant une récession majeure qui risque de jeter bas plusieurs grands pays de l’Union et d’entraîner les autres dans la débâcle. Suivant la voie ouverte par Angela Merkel et Emmanuel Macron, la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, vient d’enclencher un mécanisme qui rapprochera l’Union du modèle fédéral que les grands pays avaient jusque-là récusé. Si son plan est adopté, l’Europe empruntera en commun une somme énorme qui sera investie sur le continent pour pallier les effets de la crise. Non pas selon le principe du «retour budgétaire» longtemps défendu par Margaret Thatcher («I want my money back»), mais selon une règle solidaire. […]


Pour Gilles Sengès dans L’Opinion.

[…] … en guise de plan de relance économique. Il y a peu de fautes de goût dans sa présentation, sur la forme comme sur le fond. Il était d’abord malin d’en donner la primeur au Parlement européen. Malin ensuite d’introduire sa présentation en français pour en appeler aux valeurs de l’Union, de continuer en anglais pour parler chiffres et de finir en allemand, sa langue natale, pour donner plus de force de conviction à sa plaidoirie. Le club des pays « frugaux » a dû se sentir visé. Malin enfin de ne pas dévoiler tous les ingrédients de ce généreux menu pour arriver à la note finale. Les critiques diront qu’elle est salée et que c’est un comble de dire qu’elle est destinée à sauver la jeune génération, laquelle devra pourtant régler l’addition.


Pour Martine Orange dans Médiapart.

[…] … Même si le programme de soutien européen paraît bien limité, il n’aurait pu exister si Angela Merkel n’avait pas donné son accord. La semaine dernière, elle a pris l’initiative d’annoncer avec Emmanuel Macron un projet de soutien de 500 milliards d’euros. Le revirement de la chancelière allemande a créé une vraie surprise : jusqu’ici elle s’était alignée sur la position majoritaire de la droite allemande et s’était opposée à tout plan d’aide européen, même aux pires moments de la crise de l’euro.

Mais la crise qui menace jusqu’aux fondations de l’Europe l’a obligée à changer de position. L’arrêt du Tribunal constitutionnel de Karlsruhe a sans aucun doute participé à cette évolution. Contestant à la fois le pouvoir de la Cour européenne de justice et le pouvoir d’intervention de la Banque centrale européenne, seule institution européenne à tenir à bout de bras la zone euro, la décision de la Cour allemande a jeté un vrai trouble sur la conduite de l’Allemagne. Berlin se devait de rassurer ses partenaires et même bien au-delà de la réalité de ses engagements européens. La chancelière avait d’ailleurs expliqué tirer cette leçon politique de l’arrêt de Karlsruhe : « Cela va nous inciter à faire davantage en matière de politique économique afin de faire progresser l’intégration de la zone euro […].

Plus la réponse européenne dans ce cadre sera forte, plus la BCE pourra travailler dans un cadre sûr. » De nombreuses alarmes – y compris de la part d’Européens convaincus – sur les risques d’explosion de l’Europe si rien n’était fait ont par ailleurs convaincu Angela Merkel de l’urgence d’envoyer des messages de solidarité au reste de l’Europe et particulièrement aux pays de l’Europe du Sud. La pandémie a en effet provoqué un choc asymétrique dans l’Union.

Ce sont les pays de l’Europe du Sud, surtout l’Italie et l’Espagne, qui ont été les plus touchés. Or ce sont les pays qui ne se sont toujours pas relevés de la crise de l’euro. Endettés, soumis à des politiques d’ajustement et d’austérité, ils connaissent une croissance faible et un chômage élevé. En dépit de leurs appels à la solidarité européenne, ils ont dû faire face seuls à la pandémie et à l’effondrement de leur économie. Ils ont pu mesurer alors les limites du projet européen : chaque pays a soutenu avec ses ressources propres son économie.


Pour Thomas Lemahieu dans l’Humanité.

[…] …Ce beau monde se retrouve pour conditionner le tout au respect du cadre habituel de l’UE : ces aides seront « strictement intégrées au Semestre européen », le mécanisme de contrôle de la « convergence » budgétaire des États membres, qui devront présenter leur plan de « reconstruction » et de « résilience » dans leur « programme annuel de réformes ». Le spectre de l’austérité n’est jamais loin.


Pour Céline Le Prioux dans Les Échos.

[…] … Pour sortir le Vieux Continent d’une récession sans précédent, la Commission européenne veut emprunter sur les marchés 750 milliards d’euros. […]

1) la Commission peut emprunter à des taux d’intérêt peu élevés. Une aubaine pour les pays du Sud, comme l’Italie, dont la dette publique explose. Si le paiement des intérêts commencera dès 2021, le remboursement des sommes empruntées n’aura lieu qu’à partir de 2028 et devrait s’achever en 2058.

2) […] Pour rembourser sa dette, la Commission propose de créer de nouvelles taxes levées dans l’Union. […] Parmi les impôts qui pourraient voir le jour, la Commission envisage une taxe carbone aux frontières de l’UE pour pénaliser les importations de produits fabriqués par des usines polluantes, un impôt sur les revenus des grandes entreprises, voire une taxe spécifique pour les sociétés numériques. Elle voudrait aussi récupérer une partie plus importante des revenus engendrés par les droits d’émissions de CO2. Or, les tentatives pour instaurer des taxes européennes ont jusqu’ici échoué, comme ce fut par exemple le cas pour la taxe sur les GAFA. Elles nécessitent l’unanimité des 27 de l’UE.

3) Un cocktail de dons et prêts Sur les 750 milliards d’euros, 500 milliards seraient redistribués sous forme de subventions qui ne seront pas remboursées (un montant préconisé dans le projet franco-allemand) et le reste en prêts aux États membres. Pour des pays aux finances exsangues comme l’Italie, ces dotations sont une bouffée d’oxygène. […]

4) […] L’Italie et l’Espagne se taillent la part du lion dans ce plan et pourraient recevoir respectivement plus de 172 milliards d’euros et 140 milliards d’euros (répartis entre subventions et prêts). […] Après la Pologne (avec 63,838 milliards), la France serait le quatrième bénéficiaire avec 38,7 milliards de subventions uniquement. L’Allemagne arrive loin derrière avec 28,806 milliards d’euros de subventions.

5) […] Pour obtenir ces soutiens financiers, les pays bénéficiaires devront présenter un plan d’investissements et de réformes, censé être compatible avec les priorités de la Commission européenne. Ces dernières sont la transition écologique et numérique, ainsi que l’amélioration de la « résilience économique ».

Ils devront par exemple s’efforcer d’augmenter leur autonomie stratégique dans un certain nombre de secteurs, notamment vis-à-vis de la Chine en ce qui concerne la santé. Les bénéficiaires des fonds devront également tenir compte des recommandations de la Commission émises deux fois par an, lorsqu’elle encourage les pays membres à des réformes structurelles pour améliorer leur compétitivité. […]