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Le déconfinement n’aura pas tenu ses promesses.

On pensait que la réouverture des magasins entraînerait une ruée vers les temples de la consommation. Finalement, il n’en est rien, et les affaires reprennent très lentement, comme si quelque chose avait été cassé, comme si la confiance en l’avenir avait disparu.

Du coup, l’épargne explose, et on entend les spécialistes de l’économie paniquer et tenter de pousser les Français à vider leur Livret A pour sauver le pays.

Le confinement a fait découvrir quelque chose que les Français ne soupçonnaient pas. Contraints par les circonstances de se claquemurer chez eux, interdits de lèche-vitrines, ils ont découvert que tout ce qu’ils consommaient avant n’était peut-être pas toujours indispensable. Le confinement leur a fait comprendre ce qui était vital et ce qui l’était moins.

  • La nourriture, La santé apparaissent alors comme incontournables.
  • Le tourisme, les loisirs, et même la culture leur semblent superflus.

Une telle révélation laissera des traces. Il faudra des mois, voire des années, avant que les Français retrouvent cette inconscience dans laquelle ils baignaient auparavant et qui les poussait à claquer leur argent sans autre limite que celle de leur compte en banque. Gébé avait imaginé « on arrête tout, on réfléchit ».

Le coronavirus l’a fait. Il a tout interrompu, et nous a contraints à méditer sur le sens de notre vie et de notre mode de consommation.

Non, les touristes ne reviendront pas aussi nombreux, pas plus que les clients dans les commerces déjà fragilisés par la vente en ligne. Le confinement nous est tombé dessus comme le choc pétrolier de 1973. La hausse du prix du carburant avait ruiné des pans entiers de l’économie, qui s’effondrèrent.

En quelques années, la sidérurgie française a licencié des dizaines de milliers d’ouvriers, qui se sont retrouvés du jour au lendemain au chômage. Il n’est pas absurde de penser que les secteurs du tourisme, de l’automobile ou de l’aéronautique en France traverseront les mêmes épreuves.

Le gouvernement a misé sur une reprise de l’économie et pense qu’il suffit d’aider momentanément les entreprises en difficulté, le temps que les consommateurs reviennent en masse. C’est optimiste. Au lieu de créer des plans de relance, ne vaudrait-il pas mieux envisager des plans de reconversion pour les milliers de salariés, comme ceux du tourisme et de l’automobile, qui ne retrouveront probablement jamais le même volume d’activité qu’avant le confinement?

On a beau offrir des promotions incroyables pour faire redémarrer l’économie et liquider les stocks, on a beau expliquer que c’est le moment de gagner de l’argent en achetant des produits moins cher, les Français doutent. Ils consommeront, mais plus dans les mêmes quantités qu’avant.

En Chine, on nous rapporte que les gens se ruent dans les magasins pour acheter des voitures individuelles bradées. Comme s’il fallait convaincre les Français de faire de même. Les journalistes économiques ne cessent de leur diffuser la même rengaine : « Consommez pour sauver la France ».

Mais quelle France ?

La France des supermarchés, des concessionnaires automobiles et des galeries marchandes qui nous vendent 10 euros des produits achetés 50 centimes en Asie ? Dans les années 1990, Charb avait créé dans Charlie une série intitulée « Consommez ou sinon…». Dans les années 1970, un journal américain avait titré sur sa couverture « Achetez ce magazine ou nous tuons ce chien », avec la photo d’un clébard menacé d’un pistolet sur la tempe.

Aujourd’hui, les chiens, c’est nous : « Consommez n’importe quoi, n’importe comment, n’importe où. Ou sinon… » Ou sinon quoi? Et si on essayait pour voir.


Riss. Charlie hebdo. 27/05/2020