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Alain Minc le commanditaire de la très haute finance, du libéralisme a outrance, de la privatisation et concurrence exacerbée, se commet en réflexions. MC

  • Le Point. Les semaines que nous venons de vivre modifient-elles l’exercice du pouvoir exécutif ?

Nous sommes dans une période hypocrite : nous vivons sous l’empire de l’article 16, mais sans se l’avouer ! Emmanuel Macron ne l’a pas utilisé, mais la loi d’urgence sanitaire ainsi que les pouvoirs quasi absolus accordés à l’exécutif, équivalent à une forme d’article 16. De fait, le pouvoir est plus que jamais présidentiel !

  • À quoi a servi le Premier ministre ?

Il a été le chef de l’administration française et cela s’est senti aux différences de tonalités de ses interventions publiques comparées à celles du président. Édouard Philippe gérait et administrait la crise (plutôt bien) alors que le président a essayé de se projeter sur un temps plus lointain, ce qui est inhérent à sa fonction.

  • Emmanuel Macron montre-t-il un autre visage que celui de son élection il y a trois ans ?

On ne peut pas encore savoir ! Politiquement, je pense qu’il montrera un nouveau visage. Les présidents de la Ve République pratiquent tous la métempsycose…

  • Le pouvoir que l’on a accordé aux médecins et à ce fameux Conseil scientifique vous a-t-il choqué ?

L’existence de ce Conseil scientifique est une faute démocratique. Nos gouvernants ont pensé que l’épidémiologie est une science dure comme les mathématiques avec une seule vérité. Or s’il existe des sciences molles, l’épidémiologie est une science mollassonne. Du coup, on s’est mis dans la main de spécialistes de cette science mollassonne qui ont été pris par l’hubris et ont découvert les agréments de la notoriété. Le jour où le Pr Delfraissy a osé dire qu’on allait confiner les plus de 65 ans et les personnes à risques, c’est-à-dire 17 ou 18 millions de Français pendant douze ou dix-huit mois comme si c’était lui le titulaire de l’exécutif, je dois confesser avoir été choqué comme jamais.

  • Le couple chaînes d’info-réseaux sociaux vous a-t-il effrayé ?

Le rôle des chaînes d’info me paraît beaucoup plus lourd que celui des réseaux sociaux. Ceux-ci vivent sur eux-mêmes alors que les chaînes touchent 67 millions de Français. Pendant deux mois on n’a vécu qu’avec le coronavirus ! L’alliance de scientifiques incertains et de médias déraisonnables a été terrible. Les deux modèles britanniques auxquels il était fait constamment référence pour expliquer le développement de la pandémie, ceux de l’Imperial College et d’Oxford, avaient des chiffres qui divergeaient de 1 à 3. Dans les cinq modèles américains cités, les différences étaient de 1 à 5. On est loin de la rigueur du théorème de Fermat.

[…]

  • Projetons-nous deux ans en avant, quelle sera la France économique, sociale et politique de 2022 ?

Je ne crois pas à une vraie reprise économique tant qu’il n’existera pas un vaccin ou un traitement préventif ou que le virus n’aura pas disparu par la grâce de la chaleur ou de Dieu ! La reprise ne se dessinera significativement que quand le spectre de la mort aura disparu. Sur le plan social, le moment clé sera le passage d’une partie des chômeurs à temps partiel en chômeur à temps complet. Sans doute cet automne. En général quand il y a un chômage très élevé, la peur l’emporte sur les conflits et les troubles sociaux. En revanche, la société française a montré qu’elle était éruptive en bien d’autres occasions. Et là nous entrons dans l’inconnu…


Propos recueillis par Jérôme Béglé. Le Point. Titre original : « Alain Minc : « Le Conseil scientifique est une faute démocratique » » Source (Extrait)