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Il faut tout repenser, retrouver « le dépassement » de 2017, ne se fermer aucune porte.

La perspective de 2022 est déjà dans toutes les têtes. Ce coup-ci, ce sera pour de bon. D’ailleurs, les macronistes parlent aujourd’hui de l’« acte III » comme d’une évidence, alors qu’on peine à comprendre à quel moment s’est vraiment joué l’acte II. Les acteurs n’ont pas bougé, les dialogues non plus.

Depuis les gilets jaunes, il y a certes eu un « grand débat », mais à quoi a-t-il servi sinon à refaire une campagne à mi-mandat ?

Il y a aussi eu quelques mea culpa d’Emmanuel Macron sur ses « petites phrases » et cette fâcheuse tendance qu’il a à se mêler de tout, quitte à court-circuiter l’ensemble du système.

Mais la nature a rapidement repris le dessus. Les plus tatillons rappelleront aussi que le premier ministre avait prononcé un deuxième discours de politique générale dans lequel il promettait « un profond changement de méthode » afin de « remettre l’humain au cœur de nos préoccupations ». Et ensuite ?

Ensuite, l’exécutif a continué à imposer son projet au pas de charge, sans en modifier une seule virgule. […] … les ministres le juraient à l’époque : les revendications sociales avaient été entendues et tout était désormais fait dans les règles de l’art, y compris la réforme du système de santé et le plan d’urgence pour l’hôpital présenté fin novembre 2019. Au gouvernement, tous vantaient le caractère « exceptionnel » des mesures annoncées. Du jamais vu. Un « signe inédit de confiance du gouvernement envers l’hôpital public », pour reprendre les mots d’Édouard Philippe.

Il aura fallu une pandémie mondiale (et une confrontation avec des infirmières) pour qu’Emmanuel Macron consente finalement à reconnaître mezza voce « une erreur dans la stratégie ».

Un « plan massif » pour l’hôpital a été promis dès la fin du mois de mars, mais « il n’y a encore rien de très concret », déplore le collectif Inter-Urgences. L’Élysée reconnaît d’ailleurs que la réflexion sur la gouvernance hospitalière n’en est qu’à ses « prémices ».

La mise en place de la deuxième partie de la réforme de l’assurance-chômage, qui touchera les plus fragiles des précaires, a été renvoyée à la rentrée de septembre. Quant au projet de loi retraites, il est pour l’heure suspendu, le délégué général de LR-EM, Stanislas Guerini, se demandant s’il ne faudrait pas le reporter « dans le cadre d’un nouveau projet présidentiel ».

L’idée même d’organiser une campagne autour d’un sujet qui a autant mobilisé les Français contre lui en dit long sur la capacité qu’ont certains macronistes de sentir le pays dans lequel ils évoluent. Tout comme le fait qu’une centaine de députés de la majorité aient envisagé que les salariés du privé et du public puissent donner des congés payés aux soignants.

À entendre ces propositions, mais aussi à voir la façon dont plusieurs ministres se félicitent des trois premières années du quinquennat (« nos réformes économiques nous ont permis de gérer la crise », glisse l’un d’entre eux), on en viendrait presque à croire qu’on vit sur Jupiter (la planète).

Car si la crise a donné raison à quelqu’un, c’est bien à tous ceux qui expriment leur colère dans la rue depuis des mois. A contrario, elle a non seulement révélé la faiblesse des politiques décidées d’en haut, mais elle a aussi mis au jour les arrangements d’un pouvoir incapable de se remettre en question lorsqu’il est pris en défaut.

[…] Tout au long de la crise, Macron s’est costumé, tantôt en chef de guerre, tantôt en coach culturel appelant à « enfourcher le tigre », là où les atours d’un président de la République auraient sans doute suffi.

Ses différentes prestations ont plongé une partie de ses soutiens dans un abîme de consternation. Mais lui ne voit toujours pas le problème. De même ne comprend-il pas que le personnel soignant se moque éperdument des médailles qu’il envisage de leur remettre.

Toute la déconnexion du pouvoir tient pourtant dans ce symbole : ceux grâce auxquels « la nation tient », comme Emmanuel Macron semble en avoir brutalement pris conscience, ne sont pas des enfants qui attendent une récompense en bronze ou vermeil.

Ceux qui défilent dans les rues le 1er-Mai ne sont pas des « chamailleurs ». Ceux qui luttent depuis des années contre les politiques néolibérales qu’on leur impose n’ont pas besoin de « pédagogie » supplémentaire. Ceux qui affichent leur défiance vis-à-vis d’un État en déliquescence ne sont pas des « Gaulois réfractaires au changement ». Alors quand BFMTV l’interroge sur cette défiance qui risque fort de lui jouer des tours d’ici deux ans, le président de la République ne devrait pas répondre, le sourire aux lèvres, qu’il ne s’« interroge pas sur [ses] états d’âme ».

[…] … depuis le début de son quinquennat : il est au cœur de tout, et pourtant, [pense que ce n’est jamais] de sa faute. […]


Ellen Salvi. Médiapart. Titre original : « qui peut croire en la « résine réinvention » de Macron ? ». Source (extrait)