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On me demande souvent (c’est faux, hélas) quoi penser de tous ces appels à imaginer le monde de demain. Sous des applaudissements nourris, je commence par Nicolas Hulot.

[L’auteur de l’article qui connait Nicolas Hulot ajoute], que j’ai défendu plus d’une fois, et pour qui j’ai de l’affection. Nul n’est parfait.

Hulot a publié le 6 mai un plan en 100 principes dont tous commencent par « Le temps est venu ». J’en extrais volontiers quelques-uns, à peu près au hasard, je le promets.

Nicolas Hulot dans le rôle du petit Jésus

« Le temps est venu, ensemble, de poser les premières pierres d’un nouveau monde. » À quoi le texte publié par Le Monde ajoute qu’il faut « transcender la peur, […] une nouvelle façon de penser, […] de la lucidité, […] ne plus sacrifier le futur au présent, […] résister à la fatalité, […] ne plus laisser l’avenir décider à notre place, […] de la résilience, […] créer du lien, […] applaudir la vie », etc.

En somme, si tous les gars du monde voulaient bien se donner la main, ce serait bien mieux que s’ils arrachaient les doigts de leur voisin avec une tenaille.

Est-ce sérieux? Je le crains. On n’y trouvera aucune trace des contradictions et affrontements du monde vrai.

Dans ce conte de fées, il n’y a pas de transnationales, pas de destruction des écosystèmes, pas de rapacité, pas de nécro-carburants appelés « bio », pas de pesticides, pas de mines pourries où des esclaves extraient de quoi équiper nos chères voitures électriques et nos portables. Et donc pas d’adversaires. Pas de FNSEA, de Total, de Medef, de grands corps d’État, et ne parlons pas du CAC 40.

Nous voici en mai 2020, et il propose donc de chanter ensemble « Petit Papa Noël » (Tino Rossi, 1946), « Santiano » (Hugues Aufray, 1961), « Il changeait la vie » (Jean-Jacques Goldman, 1987). Qu’on est bien quand tout le monde s’aime et qu’il descendra du ciel avec des jouets par milliers.


Fabrice Nicolino. Charlie hebdo (Extrait). 20/05/2020