Étiquettes

Le libéralisme macronesque et ses pantins ministre du moment : Le Maire, Castaner, Belloubet, Blanquer, Véran, … poursuivent la casse de la démocratie … quant à Pénicaud elle rend corvéable et paupérise le monde salarial. MC

  • Réforme des retraites ? On ne fait pas plus discret.
  • Crise des gilets jaunes ? Prière de joindre Matignon ou l’Élysée.
  • Manque de personnel dans les hôpitaux, RSA, travail précaire ? Écoutez, voyez plutôt avec mes collègues.

« Une chose est certaine : Pénicaud, qui a toujours été d’une prudence de serpent, a un talent évident pour se carapater quand les balles sifflent !» s’amuse un député de la majorité.

Ça y est, la revoilà. Des mois qu’on ne voyait plus trop Muriel Pénicaud.

  • Mais, fini de rigoler.

Avant la vague massive de licenciements qui fait plus que se profiler, « elle va devoir annoncer et assumer un resserrement drastique de l’indemnisation du chômage partiel, et ça s’annonce plus que sportif avec le Medef, au sein duquel elle comptait jusqu’à présent de nombreux copains », prédit un haut fonctionnaire de son ministère.

  • Passion réseaux

Dans les autres syndicats, Laurent Berger n’a toujours pas digéré sa réforme de l’assurance-chômage et la CGT la considère comme la pire ministre du Travail depuis une éternité. Il n’y a rien qui contrarie davantage Muriel Pénicaud que de devoir s’aliéner une partie de ses réseaux, qu’elle cultive avec un soin jaloux depuis une quarantaine d’années.

Cette titulaire d’une maîtrise en sciences de l’éducation, diplômée de psychologie, qui a commencé comme administratrice territoriale, voit sa carrière décoller quand elle intègre le cabinet de Martine Aubry, en 1991.

Elle s’y fait des tas de copains, tels Guillaume Pepy, futur patron de la SNCF, Gilles Gateau, futur DRH d’Air France, Jean-Pierre Clamadieu, futur patron de Solvay, ou encore David Azema, futur dirigeant de l’Agence des participations de l’Etat.

Surtout, elle y découvre la clé de ce qui fera son succès : les allers-retours entre public et privé. Elle n’hésite pas à formaliser son attachement à ce système, qui permet de monnayer dans le privé le carnet d’adresses acquis dans le public et vice versa, évidemment : « Ce sont les postes-frontières qui m’intéressent. »

Elle quitte le ministère du Travail pour intégrer de grandes entreprises : Danone, puis Dassault Systèmes, puis Danone de nouveau, dont elle devient la DRH. Ce qui ne l’empêche nullement de cumuler ces lucratives fonctions avec des postes dans l’administration : présidente de l’école des inspecteurs du Travail, ce qui fait hurler les syndicats, membre du Haut Conseil du dialogue social, nommée par Gérard Larcher, chargée d’une mission sur le stress au travail avec Henri Lachmann, présidente du Conseil national éducation économie.

Sa capacité à se faire des amis se mesure à ses sièges dans les conseils d’administration : SNCF, Aéroports de Paris, Fondation Bettencourt Schueller, Orange…

  • Elle n’est pas manchote non plus en politique.

Interrogée sur sa première rencontre avec Emmanuel Macron, elle confie : « Je me suis tout de suite dit que c’était quelqu’un d’extraordinaire. » Elle avait aussi su se concilier les bonnes grâces de Manuel Valls, qui l’a nommée en 2014 à la tête de Business France, une structure chargée de vendre l’économie française à l’étranger.

Muriel Pénicaud, consciente de son profil très « business », fait périodiquement des opérations de com’ pour lisser tout ça. Elle n’est pas l’amie des patrons, en voilà une idée, elle est « atypique ». On ne compte plus les interventions où elle raconte que ses ancêtres, des corsaires gênois, ont fondé Porto Alegre. Le social, c’est donc son truc, compris ?

Elle adore décrire son « petit côté pirate-aventurier-explorateur » et donne régulièrement aux journaux des recettes pour conserver la zen attitude : « Je me ressource dans mon jardin japonais et ma maison de thé. » Elle avoue ses doutes, ainsi qu’« un travail sur [elle]-même », car, explique-t-elle, « jusqu’à 50 ans, je doutais que je puisse être un leader ». Désormais rassurée, elle explique ainsi les raisons de son succès : « Une vision, un cap, et beaucoup de pragmatisme. » Et une part de melon, peut-être.

Pourtant, la visionnaire du Travail ne s’est toujours pas dépêtrée de ses gros ennuis judiciaires dans l’affaire Business France, révélée par « Le Canard », où elle reste mise en cause pour favoritisme au profit d’Havas lors de l’organisation de la French Tech Night, une soirée où Emmanuel Macron, alors à Bercy, était allé parader parmi les cadors de la Tech à Las Vegas.

  • Ses déboires ne l’ont pas rendue plus prudente.

En octobre, elle est contrainte de renoncer au conseil d’administration du Forum de Davos, en raison de possibles conflits d’intérêts avec son poste au gouvernement. Elle ne comprenait pas où était le problème, se voyant bien discuter de la marche du monde avec PDG et chefs d’État, en toute simplicité.

De Porto Alegre à Davos, ça fait loin, même pour une « pirate-aventurière-exploratrice » expérimentée.


Anne-Sophie Mercier. Le Canard enchaîné. 20/05/2020