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Think Tanks – 3 – Fondapol

Vous avez sans doute déjà entendu parler de la « règle d’or budgétaire », ce carcan qui s’impose, en théorie, à l’État depuis 2012, afin de limiter la dette publique, sur le modèle de l’Allemagne. Mais peut-être pas de la Fondation pour l’innovation politique (Fondapol).

Pourtant, c’est elle qui a réussi à imposer l’idée que la dette publique était le premier de nos soucis.

 La Fondapol naît en 2004 et est alors dirigée par feu Jérôme Monod (Suez-Lyonnaise des eaux et grand pote de Chirac). Elle est aujourd’hui présidée par Nicolas Bazire (LVM H, Carrefour, ex-directeur de cabinet d’Édouard Balladur à Matignon) et dirigée par Dominique Reynié, un « politologue » qui donne son avis sur tout, tous les soirs dans C dans l’air.

En 2011, cette fondation « libérale, progressiste et européenne » défendait à fond la réduction des dépenses de santé, via « la mise en place d’une franchise annuelle à hauteur de 2% des revenus des ménages », c’est-à-dire en nous faisant payer plus cher nos médocs et nos consultations. Et ils voulaient aussi « impliquer davantage les assureurs privés » notamment.

Des visionnaires, quoi.


N. Devanda – Charlie Hebdo – 20/05/2020


Think Tanks – 4 – L’Institut de l’Entreprise

La mission de l’Institut de l’entreprise? Lutter contre l’emprise du marxisme-léninisme sur l’Éducation nationale, afin de promouvoir « la culture économique » et le « désir d’entreprendre ». Des partenariats sont noués avec l’Éducation nationale, comme ces « Entretiens enseignants-entreprises » tenus au lycée Henri-IV, qui permettent à la plèbe enseignante – profs d’économie et de gestion, mais aussi d’histoire-géo, et même de sciences naturelles – de côtoyer, pas trop près quand même, des universitaires prestigieux et des patrons superstars.

Côté programmes officiels, les choses sont simples : trois membres hyperréacs de l’institut ont longtemps siégé au conseil chargé de les rédiger.

Résultat : les lycéens n’entendent plus parler d’organisation du travail ni de relations professionnelles, histoire de ne pas, malencontreusement, prononcer le mot « syndicat ».

Parmi la centaine d’adhérents de l’institut, on trouve BNP Paribas, Carrefour, Dassault, Havas, L’Oréal… mais aussi EDF, La Poste, la RATP et la SNCF.

L’institut est dirigé par 3 hommes, compte 10 présidents d’honneur tous burnés et n’a que 3 femmes parmi les 20 membres de son conseil d’orientation.

Un petit cours sur la parité, les gars?


J.Littauer – Charlie Hebdo – 20/05/2020


Think Tanks – 5 – L’Institut Sapiens

Chaque semaine, Olivier Babeau décrypte l’air du temps pour la rubrique FigaroVox.

Il est président du think tank l’Institut Sapiens et est professeur en sciences de gestion à l’université de Bordeaux. Babeau émarge aussi à L’Opinion, qui plaît à la jeune droite.

Entre deux notes sur le bitcoin et la voiture autonome, Babeau montre sa bobine sur les plateaux des chaînes d’info continue pour marteler son credo : le clivage droite-gauche est dépassé, l’État est un poids et le règne de l’intelligence artificielle (IA) est notre salut.

En 2017, conscient de la vogue pour son délire, Babeau crée l’Institut Sapiens, avec un slogan un chouia flippant : « Pour que l’avenir ait besoin de nous ».

Il a appelé à l’aide Laurent Alexandre, chirurgien, cofondateur du site Doctissimo et spécialiste autoproclamé de l’intelligence artificielle.

Laurent Alexandre, c’est l’homme qui vous explique que les ouvriers d’aujourd’hui vivent mieux que les rois d’hier et sont priés de bien la fermer, que le cancer va disparaître ou que l’homme qui vivra mille ans est déjà né – on espère que ce n’est pas lui.

Le garçon, certifié fou dangereux, a son rond de serviette au Monde et à L’Express.

Pour ces grands malades, malheureusement très écoutés, mieux vaut faire confiance aux algorithmes qu’à la démocratie.

La crise du Covid, superaccélérateur de la déshumanisation de la société, risque de leur donner raison plus tôt que prévu.


N. Devanda – Charlie Hebdo – 20/05/2020