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Ancienne médecin, Marie-Françoise Fuchs, 88 ans, est la cofondatrice de Old’Up. Cette association, qui œuvre pour « donner du sens et de l’utilité à l’allongement de la vie », a mené une enquête auprès de 5.300 personnes âgées de plus de 70 ans sur la crise sanitaire.

  • LE FIGARO. – Quel bilan tirent les personnes âgées de ces derniers mois de crise sanitaire ?

Marie-Françoise FUCHS. – Au vu de la vulnérabilité des personnes âgées au Covid-19, il était normal de tout faire pour éviter que les vieux attrapent ce virus. Mais les personnes âgées demandent avant tout à être accompagnées et soulagées. Leur préoccupation première n’est pas forcément d’être « sauvées ».

Or depuis deux mois, on nous abreuve de chiffres, de pourcentages sur le décès des vieux sans se soucier de savoir si ces personnes ont pu être entourées. Ce passage de la vie à la mort doit avoir du sens. À 88 ans, je sais que je ne vais pas vivre indéfiniment. Ce n’est pas un drame de mourir. Reste à savoir comment.

Nous déplorons que certains Ehpad aient prévenu la famille seulement après le décès de leur parent. L’accompagnement n’a pas pu se faire. Même en période de crise sanitaire, c’est très choquant.

La protection des personnes fragiles ne doit pas se transformer en surprotection. Cette période a aussi été marquée par de belles surprises : des liens intergénérationnels forts, de la solidarité, un élan des jeunes envers les vieux, l’incroyable dévouement des soignants…

  • Comment les personnes âgées ont-elles vécu le confinement ?

Au-delà des situations difficiles en Ehpad, les personnes âgées ont assez bien supporté le confinement. […] Paradoxalement, le goût de la relation s’est développé grâce à des appels plus longs, des discussions plus profondes. Cet enfermement a donc aussi été vécu comme une période de découverte, une ouverture vers de nouvelles fenêtres relationnelles.

  • Que révèle votre enquête sur les attentes des plus de 70 ans ?

Les personnes âgées ne partagent pas toutes les mêmes attentes mais toutes considèrent que leur parole n’est pas assez prise en compte. Certaines le vivent comme une forme de mépris. Nous ne voulons pas être des « objets » de soin mais des sujets de soin. Nous ne pouvons pas nous satisfaire d’un regard uniquement médical sur les personnes âgées. […]

 Aujourd’hui, nombre de personnes âgées s’étonnent aussi que si peu d’informations filtrent sur les vieux à domicile. On ne sait pas s’ils sont bien suivis. […]


Agnès Leclair. Le Figaro. Titre original : « Personnes âgées: «Nous ne voulons pas être des objets de soin » ». Source (Extrait)