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« Quand on veut réindustrialiser le pays, c’est impensable ! », s’est indigné Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT sur RTL, invitant la direction à plutôt changer « la stratégie » du constructeur automobile.

Deux versions : 1 – Le Canard Enchainé – 2 – L’Humanité.

A vous de vous faire votre avis. MC

  1. C’est un comble

Au moment où l’Etat vient de garantir un généreux prêt de 5 milliards à Renault, la boite s’apprête à annoncer, le 29 mai [2020], un sévère plan d’économies d’« au moins 2 milliards ». Elle envisage notamment la fermeture de quatre sites en France – dont, à terme, l’emblématique usine de Flins.

Ce prêt « n’est assorti d’aucune exigence notamment en matière d’emploi », précise un conseiller de Le Maire.

On voit déjà poindre les commentaires sur les cadeaux sans contrepartie aux entreprises

« Nationaliser Renault n’est pas une option retenue par le gouvernement » assume pourtant ce conseiller. De même, « aucune augmentation de l’État au capital n’est à l’étude » précise l’Agence des participations de l’Etat (APE).

Dans ces deux cas, en effet. Nissan, qui n’a jamais digéré la présence de l’État au capital de la boîte, ferait éclater l’Alliance liant les deux constructeurs.

Conclusion d’un analyste : « Le gouvernement est contraint de laisser l’entreprise faire le ménage pour  éviter qu’elle coule ».

Depuis le printemps de 2018, six mois avant l’arrestation de Carlos Ghosn au Japon, Renault a entamé une descente aux enfers. L’année dernière, pour la première fois depuis 2009, la boîte a enregistré une perte nette de 111 millions (contre 3,3 milliards de bénefs en 2018). Et la pandémie n’a rien arrangé : au premier semestre 2020, estiment les spécialistes, Renault aura brûlé 8 milliards (salaires, frais de fabrication, etc.) de trésorerie. Aujourd’hui, la valeur en Bourse du constructeur (5,5 milliards) est exactement égale aux 43.4 % du capital de Nissan qu’elle détient. Sans les Japonais, Renault ne vaut plus un clou ?

Clio et Zoe quittent la Seine

Pour réaliser ces 2 milliards d’économies, la direction du groupe (qui se refuse à tout commentaire) étudie l’abandon de cinq modèles (Espace, Scenic, Megane, Koléos et Talisman et envisage la cession de son réseau de concessionnaires. De même, quatre usines (un millier de postes au total) seraient fermées en France : Choisy-le-Roi, Dieppe et les Fonderies de Bretagne, pour commencer.

Le gros morceau — Flins et ses 4.000 salariés — viendra plus tard.

Actuellement, l’usine travaille à moins de la moitié de sa capacité. La perte de la construction de la Clio IV, dela Zoe et, sans doute, de la Micra lui infligera le coup de grâce.

Certains analystes, enfin, estiment qu’elle emploie 4.000 personnes de trop en recherche et développement.

Voilà qui devrait faire plaisir aux 10.800 salariés du centre de recherche de Guyancourt !

Hervé Martin. Le canard Enchainé. 20/05/2020

  •  Le résultat de la gouvernance de Carlos Ghosn 

Ce coup de tonnerre arrive dans un contexte où l’État français, premier actionnaire de Renault avec 15 % du capital, a accepté de voler au secours de l’entreprise, dont les difficultés se sont aggravées avec la crise du Covid, en garantissant un prêt bancaire d’environ 5 milliards d’euros. Ce prêt, approuvé par l’Union européenne, était proche d’être signé mardi soir. « Est-ce que les 5 milliards que le gouvernement s’apprête à prêter à Renault vont servir à restructurer l’entreprise ? C’est un gros problème, a taclé Philippe Martinez. (…) La situation n’est pas due à la crise sanitaire. Elle est due à des années de gouvernance de Carlos Ghosn (l’ancien PDG, NDLR), qui a été érigé comme un dieu pendant des années et on voit les conséquences de sa stratégie. » Mais ce matelas financier n’a en rien infléchi la volonté, affichée dès février, de réaliser au moins 2 milliards d’euros d’économies à la suite des pertes nettes de 141 millions d’euros enregistrées l’année passée. La directrice générale par intérim, Clotilde Delbos, avait d’ailleurs prévenu fin avril que ce prêt ne remettait pas en cause ce plan d’économie et n’empêchait pas d’éventuelles suppressions d’emplois, estimant que la seule condition fixée par le gouvernement était le renoncement aux dividendes versés aux actionnaires cette année…

 « Ils sont capables de tout chez Renault, réagit Ali Kaya, délégué CGT à Flins. En 2013, ils nous avaient déjà fait le coup du chantage à la fermeture de sites. On connaît la suite. On nous a imposé un accord de compétitivité avec suppressions de jours de RTT, nous en avons perdu 18 sur Flins, et l’emploi a été précarisé. Le gouvernement est à plat ventre devant la direction du groupe alors que nous avons réalisé 25 milliards d’euros de profits depuis dix ans mais personne ne sait où ils sont passés et ne leur demande de comptes là-dessus. »

Des milliers de travailleurs sur le carreau

Partout, la tension monte. Que ce soit du côté de l’usine de Choisy-le-Roi (Val-de-Marne), qui emploie 263 personnes dans la réparation de moteurs et boîtes de vitesse, de celle de Dieppe (Seine-Maritime), qui compte 386 salariés et assemble le modèle sportif Alpine A110, ou encore chez les 385 salariés de la fonderie de Bretagne à Caudan (Morbihan), produisant des pièces en fonte, tous craignent de se retrouver sur le carreau. Même réactions à Flins, usine inaugurée en 1952 qui a vu passer une vingtaine de modèles emblématiques de la marque, dont la Dauphine, la R4 et la R5. La possible fin de la production automobile exacerbe les incertitudes. Pour Olivier Augustin, délégué CGT, « c’est du baratin, juste pour ne pas dire que le site fermera. On pourrait récupérer l’activité de Choisy, mais ils sont plus de 200 sur place et nous, on est 4000 ! Des milliers de travailleurs vont passer à la trappe. »


Cécile Rousseau Titre original : « Renault veut fermer des usines. À quoi vont servir les 5 milliards d’euros de prêt garantis par l’État ? ». Source (Extrait)